Les Suisses se sentent bien et en sécurité dans leur pays. Par contre ils perçoivent le monde extérieur comme menaçant et instable. Rien donc d’étonnant à ce qu’ils privilégient l’indépendance économique et politique de la Suisse et font bloc comme jamais (93%) derrière le principe de neutralité. Rien d’étonnant non plus dans le fait que les partisans d’une adhésion à l’Union européenne n’ont jamais été aussi peu nombreux (27%). Même le soutien au partenariat avec l’OTAN a chuté à 34%. Une majorité (53%) estime que la Suisse ne doit se fier qu’à ses propres forces pour sa défense et s’abstenir d’envoyer des troupes à l’étranger (78%). C’est ce que nous révèle la dernière enquête du Centre pour la politique de sécurité de l’Ecole polytechnique de Zurich.
Voilà qui doit mettre du baume au cœur de l’UDC, passablement chahutée ces derniers temps. Mais si une majorité populaire fait sienne le credo des nationalistes conservateurs sur ce dossier, elle n’est pas prête à consentir les moyens de son rêve isolationniste: elle refuse par exemple l’acquisition d’un nouvel avion de combat.
La contradiction prend des dimensions plus inquiétantes lorsqu’on examine la souveraineté effective de la Suisse. Dans une remarquable analyse (Le Temps, 2 septembre 2008), l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Franz von Däniken documente l’érosion continue de la liberté d’action de notre pays. Le bilatéralisme, prôné par les autorités au motif de préserver la souveraineté helvétique, consiste pour l’essentiel à reprendre les règles communautaires, sans avoir la possibilité de participer à leur élaboration. L’agenda des négociations est dicté par Bruxelles, voir la fiscalité de l’épargne et la taxation des bénéfices des entreprises.
Pour von Däniken, la fuite dans la diplomatie mondiale initiée par le Conseil fédéral – priorité à nos relations avec les Etats-Unis d’Amérique, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud –, ignore le fait que la Suisse n’est qu’un poids plume sur la scène internationale. Seules des relations étroites avec l’Europe, dont nous partageons l’histoire et les valeurs et avec qui nous entretenons les relations économiques les plus étroites, sont susceptibles de contribuer à la sécurité et à la prospérité de la Suisse.
En ne reconnaissant pas cette priorité, en entretenant l’illusion d’une souveraineté sans contenu réel, le Conseil fédéral contribue à perpétuer le mythe du splendide isolement, de l’îlot de paix et de prospérité épargné par les troubles du monde. Alors qu’aucun mythe à tel point distant de la réalité n’a jamais engendré une bonne politique.
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