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Moins d’Etat – et surtout moins de radicaux

Ancien président du PS suisse, Helmut Hubacher s’exprime sur le reniement historique des radicaux suisses et l’inéluctable déclin qui s’ensuit

Après la présidence du parti socialiste suisse, l’alternative est simple: ou bien disparaître politiquement, de gré ou de force, comme Ursula Koch ou Christiane Brunner; ou bien écrire régulièrement, de préférence dans la presse bourgeoise, comme Peter Bodenmann, interlocuteur habituel du Blick quotidien et habile chroniqueur de la Weltwoche (fidèle à l’UDC de Christoph Blocher) qui juxtapose sa colonne et celle de Christoph Mörgeli, autre plume vengeresse. Ou comme Helmut Hubacher, président du PSS de 1975 à 1990, qui, à plus de 80 ans, prend encore occasionnellement le clavier pour la presse syndicale, la Basler Zeitung, voire pour la distinguée Nouvelle gazette de Zurich, qui lui a demandé, pour son édition dominicale de ce 20 juillet, de commenter la dégringolade du parti radical-démocratique suisse (PRD).

Ce faisant, la NZZ am Sonntag savait exactement à quel texte s’attendre, complément bienvenu à la contribution de Leonhard Neidhart, ancien professeur de science politique à l’Université de Konstanz. Tous deux ont abondamment publié sur la politique fédérale – cinq livres parus dans les dix dernières années portent la signature d’Helmut Hubacher.

Mine de rien, l’ancien président du PSS aura été sans doute le premier à pronostiquer les véritables effets ravageurs du fameux slogan «Plus de liberté – moins d’Etat», lancé par les radicaux dans la campagne pour les élections nationales de 1979. Il a d’emblée compris que ce mot d’ordre menaçait non seulement la Confédération, ouvertement visée, mais aussi les successeurs de ceux qui l’avait créée et longuement incarnée, même après l’introduction en 1918 du système proportionnel pour l’élection du Conseil national: le parti radical-démocratique lui-même. De fait, cette formation n’a cessé de perdre des suffrages depuis 1979, année où elle a plafonné à 24%, pour se retrouver à 15,8% en 2007.

Il y a une vingtaine d’années, les membres du PRD étaient largement majoritaires parmi les officiers de l’armée suisse, les cadres de l’administration fédérale, les directeurs des grandes entreprises, les responsables des organisations économiques, professionnelles et patronales. Actuellement, les radicaux ne dominent plus guère que les Zünfte (corporations) zurichoises et le conseil d’administration de la NZZ. Même dans les Etats fédérés, y compris dans les cantons dont ils se sentaient quasiment les propriétaires, les radicaux ont dû baisser pavillon: ils ne comptent plus que 3 élus sur 18 vaudois au Conseil national (7 sur 17 en 1983) et leur députation ne représente plus que 19% du Grand Conseil vaudois (34% en 1986).

De toute évidence, cette érosion accélérée résulte de l’incompréhensible volonté du PRD d’abattre l’arbre que ses propres pères fondateurs avaient planté ou en tout cas de scier la branche maîtresse sur laquelle leurs héritiers se trouvaient confortablement installés.

Préférant l’analyse à l’image, Helmut Hubacher parle un langage plus politique: il considère le «moins d’Etat» non seulement comme une grave erreur stratégique, mais aussi comme un véritable reniement historique, aux conséquences forcément fatales. Les exemples ne manquent pas, qui marquent l’ampleur de la trahison. Ainsi, le conseiller fédéral radical Walter Stampfli, chef du département de l’économie publique, a battu la campagne en 1946/47 pour convaincre citoyens et patrons d’accepter l’instauration d’une prévoyance-vieillesse fédérale, cette vaste institution fortement redistributrice appelée AVS. Chargé d’une mission analogue, Hans-Rudolf Merz n’aurait aucune chance de réussir, présume Hubacher. Le ministre actuel des finances se montre trop obsédé par les économies et le désendettement de la Confédération pour assumer pleinement ses responsabilités politiques, vis-à-vis d’un Etat dont par ailleurs il approuve l’affaiblissement.

Quant à Fulvio Pelli, qui a repris en 2005 la présidence d’un PRD égaré par trois «intérimaires» consommés en quatre ans, il a le tort de rompre avec une autre tradition, interne à un parti où les programmes et leur contenu ont toujours passé bien après les personnes et leurs idées. Pour illustrer son propos, Helmut Hubacher cite à nouveau un exemple imparable. En faisant de la Suisse le premier pays occidental à reconnaître la Chine de Mao, le radical Max Petitpierre s’est référé à une vision d’avenir, pas à un texte partisan. Une vision de belle ampleur politique, du genre qui fait aujourd’hui «occasionnellement défaut au Palais fédéral» déplore Helmut Hubacher. Et de conclure par une phrase dont toute la force allusive tient en quatre mots: «Nicht nur beim Freisinn» (pas seulement chez les radicaux). On devine sans peine la dédicace implicite, à deux personnes au moins.

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