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Edito : Rendre justice à la Boillat

Swissmetal prépare une plainte pénale contre Unia. L’entreprise cherche à compenser les pertes engendrées par la grève qui a bloqué l’usine de Reconviliers en février 2006. Elle réclame un dédommagement de quelques millions francs à la fois pour des raisons comptables et pour le principe. Martin Hellweg et son conseil d’administration veulent s’attaquer au droit de grève au nom de la paix du travail et dans l’espoir d’obtenir une jurisprudence favorable au patronat.

De son côté, Unia rejette l’accusation. C’est plutôt la direction du groupe qui a déclenché les hostilités en passant outre l’accord conclu au terme de la première grève de 2004. Le syndicat a d’ailleurs fait appel au tribunal arbitral du secteur métallurgique pour réclamer le plan social promis qui tarde à venir. D’autres procédures judiciaires menées par d’anciens employés, cadres et ouvriers licenciés, dont le porte-parole des grévistes Nicolas Wuillemin, réclament à leur tour des indemnisations.

Le conflit se déplace ainsi des chaînes de production, des rues du village, de la une des médias, aux palais de justice. Une fois épuisés débrayages et menaces de fermeture, arbitrages et médiateurs, au cours d’un face à face insoluble qui a mis à l’épreuve une région entière, on invoque les lois et on remue l’ambiguïté qui entoure encore la grève en Suisse malgré sa reconnaissance dans la Constitution fédérale de 1999 (art. 28). Issue presque fatale d’un combat où les antagonistes ont défendu leurs positions et leurs intérêts par tous les moyens, au point de se discréditer réciproquement, aux limites de la haine et de l’affrontement physique. Quand le dialogue s’enlise, on dénonce l’illégalité de l’adversaire.

Or les juges vont départager coupables et victimes, décider qui a enfreint les règles et qui a bafoué les accords. Leur jugement va réduire à un lot de peines et d’amendes le rapport de force entre une société en mal de liquidités et des salariés opposés aux restructurations engagées. Si les cours n’ont pas les moyens d’élaborer le compromis miracle, recherché en vain pendant plus de deux ans, elles peuvent en revanche, après avoir établi les droits et les torts des uns et des autres, favoriser une nouvelle tentative de conciliation entre les parties.

Certes, pour l’heure, la lassitude a gagné les métallos et a eu raison de leurs revendications. La fabrique tourne à nouveau. Les managers ont repris la main et dégraissé le personnel. Avec cette plainte pénale, Swissmetal veut tuer définitivement un mouvement affaibli, voire à l’agonie. Voilà pourquoi les tribunaux, en rendant la justice, devraient surtout rendre justice à l’histoire hors du commun des grévistes.

Une voix pour la Boillat

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