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Des bas prix et des coups bas

Malgré les promesses, Aldi et Lidl partent à la conquête des consommateurs suisses sans trop d’égards pour leurs employés.

L’arrivée des casseurs de prix du commerce de détail a été célébrée
dans toute la Suisse, «l’îlot de cherté ». Accusé de tous les maux, le
niveau élevé des prix dans notre pays n’avait qu’à numéroter ses abatis
: Aldi et Lidl allaient lancer une spirale de sous-enchère, si tant est
qu’il soit possible de sous-enchérir aux nouvelles gammes d’articles à
budget garanti des deux géants helvétique de l’alimentation. Les
lendemains des consommateurs chantaient. Fin 2005, le blitzkrieg des
bradeurs a pris de l’ampleur : les ouvertures de filiales se
multiplient et «Aldisierung » (aldisation) a été sacré mot de l’année
en Suisse alémanique. Les prix amorcent même une légère baisse. Alors,
merci Aldi ?

Or, le potentiel de baisse de prix dans le commerce de détail est
plutôt limité. Les produits agricoles notamment ne sont presque pas
soumis à concurrence internationale, et leurs prix élevés dépendent du
coût important de la main-d’œuvre et du terrain, rare dans un petit
pays. Quant aux importations parallèles, susceptibles de rendre
meilleur marché biens et services, elles n’ont qu’un potentiel réduit
dans le commerce de détail. Elles sont par exemple déjà autorisées pour
les marques, sans effet notoire sur le pouvoir d’achat. Elles n’ont en
outre que peu d’impact sur les prix du logement et de la construction
(à petit pays, terrains rares et chers) ou les coûts de la santé (à
l’exception du prix de certains médicaments, voir La médecine parallèle du Docteur Couchepin , Jean Christophe Schwaab (jcs), DP n°1659, du 23 Septembre 2005). Quant
aux accords de distribution entravant les baisses, la loi sur les
cartels ne permet que d’en combattre – mollement – les abus (voir
Concurrence : Tremblez, cartels ! , Schwaab Jean Christophe ( jcs ), DP n°1597, du 26 Mars 2004). Et, de toute façon, la part de l’alimentation a diminué
dans le
«panier de la ménagère ».

Les salariés passent à la caisse

En revanche, économiser sur les coûts de personnel est une solution
éprouvée. L’Américain Wal-Mart, première chaîne mondiale de
supermarchés, présent dans de nombreux pays dont l’Allemagne, est passé
maître dans les bas salaires, la protection sociale minimaliste et la
couverture maladie lacunaire. Ainsi, le géant yankee est accusé de
coûter aux pouvoirs publics des Etats-Unis davantage qu’il ne leur
verse d’impôts. Nombreux sont en effet ses salariés qui touchent l’aide
sociale car leur salaire est trop bas, ou qui doivent bénéficier de
l’assistance publique en cas de maladie, car leur employeur ne les
assure pas.

Aldi et Lidl étaient donc attendus au contour. Aldi a pourtant d’entrée
prétendu qu’il ne baisserait pas ses prix sur le dos de son personnel.
A peine installé, le bradeur a annoncé que ses employés recevraient un
salaire à temps plein supérieur à ceux de Migros ou de Coop, dont la
lenteur à se débarrasser des salaires inférieurs à 3 000 francs a
maintes fois été dénoncée. Mais, cet effet d’annonce passé, on ne peut
que constater que les salariés du géant allemand de l’alimentation à
prix sacrifiés sont loin de rouler sur l’or. Aldi ne leur propose
presque que des emplois à temps partiel. Les engagements, inférieurs
à  50%, pour un salaire mensuel brut à plein temps de moins de 3
700 francs suisses sont suffisamment bas pour qu’il n’y ait ni
cotisations au deuxième pilier, ni assurance maladie collective. En
outre, les contrats sont tous assortis d’une clause de non-concurrence
qui interdit aux salariés d’exercer un second emploi dans le commerce
de détail et soumet toute activité accessoire dans une autre branche à
l’autorisation écrite de l’employeur. Le personnel d’Aldi est donc lié
à son emploi précaire. Le casseur de prix espère-t-il s’en faire une
clientèle durable ?    

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