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L’émotion, puis la raison

Sous
le coup de la tragédie d’Oberglatt, Berne et les cantons envisagent et
votent des mesures d’urgence contre les chiens dangereux. Cependant, la
précipitation actuelle ne rattrapera pas le retard accumulé et risque
même de rater sa cible.

L’émotion suscitée par le drame d’Oberglatt – un enfant blessé à mort
par trois chiens pitbulls – est compréhensible. Ce qui est moins
acceptable par contre, c’est l’utilisation médiatique qui en est faite
et la soudaine précipitation manifestée par certaines autorités.

Cinq jours durant, le journal télévisé romand est revenu sur cet
événement ; à une occasion, la moitié de l’édition lui a été consacrée.
Cette insistance traduit moins un devoir d’information qu’une
propension à capitaliser un choc émotionnel. Dans ce registre, le grand
quotidien de boulevard Blick s’est distingué dans la surenchère. Non
seulement il a consacré plusieurs jours de suite sa première page à
cette tragédie, mais il a de plus lancé une pétition visant à interdire
les pitbulls. Avec le succès qu’on imagine. Plus, il a convié les
parlementaires fédéraux à signer cette pétition, signalant qu’il
publierait leurs noms et ceux des députés réfractaires. De ce journal,
habitué à conduire des campagnes au gré des émotions qui saisissent
l’opinion publique, on n’en attendait pas moins : son souci du tirage
lui sert depuis longtemps de fil conducteur éthique.

Mais que 147 parlementaires se plient à cet exercice laisse pantois. Le
simple fait de la menace de publier le nom des réfractaires aurait dû
les dissuader de signer. Ces députés semblent avoir oublié que
l’adoption de mesures législatives relève de leur compétence. Et cette
compétence ne consiste pas à traduire mécaniquement les exigences
spontanées d’un mouvement d’opinion : si tel était le cas, des sondages
réguliers feraient fort bien l’affaire et l’on pourrait se passer d’un
parlement.

Ce qu’on attend du pouvoir législatif, c’est qu’il édicte des normes
générales susceptibles de contribuer à la résolution d’un problème, ce
dernier étant préalablement défini avec soin. Dans le cas particulier,
l’émotion s’est substituée au problème de la cohabitation des humains
et des chiens. En témoigne le désordre réglementaire adopté à la hâte :
Valais interdit douze races réputées potentiellement dangereuses, alors
que Zurich impose la laisse et la muselière aux sujets de quatre races
seulement. Le vétérinaire cantonal neuchâtelois a clairement exprimé
cette confusion, estimant qu’un durcissement de la réglementation était
inévitable au vu de l’émotion créée par l’accident d’Oberglatt. Et le
Parlement fédéral, à l’occasion de la révision de la loi sur la
protection des animaux
, envisage d’introduire en urgence une
disposition d’interdiction des chiens «présentant un danger élevé pour
les êtres humains», quand bien même l’article 9 de cette nouvelle loi
permettra au Conseil fédéral de prendre les mesures nécessaires.

Ce soudain empressement réglementaire traduit-il la mauvaise conscience
d’autorités qui ont tardé à légiférer ? Il y a cinq ans déjà, ce même
débat a eu lieu au Conseil national et au Grand Conseil zurichois, mais
de larges majorités ont alors rejeté des mesures plus contraignantes.
La précipitation d’aujourd’hui ne permettra pas de rattraper ce retard.
Pire, elle peut conduire à des solutions inaptes à réduire les risques
que représentent non seulement certains chiens – et non les seules
races dites de combat – mais surtout des maîtres incompétents ou
inconscients.   

jd

Dossier très complet sur le site Internet de l’Office vétérinaire fédéral.

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