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Un service différencié

L’objection de conscience fut un des grands sujets de la politique
suisse après-guerre. Que des citoyens qui par conviction profonde
refusaient de répondre à un ordre de marche militaire fussent condamnés
à des peines d’emprisonnement lourdes et fermes était ressenti comme un
abus de pouvoir conféré, en ce domaine, à l’Etat par la Constitution.
La lutte fut longue pour la reconnaissance d’un service civil.

Parallèlement, un service de coopération en faveur des pays en
développement fut présenté comme une alternative. Certains pays,
ex-puissances coloniales, comme la France, l’organisaient notamment
pour l’enseignement. L’intention était de défendre le statut
international de la langue française. Domaine Public s’engagea dans ce
débat. La coopération, comme service tenant lieu de service militaire,
était aussi défendue en Suisse romande par des personnalités
bourgeoises. Pourtant elle ne se concrétisa pas, pour des raisons
multiples. Difficulté de recruter à vingt ans des coopérants ayant une
formation professionnelle achevée. Nécessité d’organiser sur place, au
lieu d’intervention, des structures d’accueil fortes.

Aujourd’hui le recours au service civil est largement pratiqué et
maîtrisé. De plus la réduction des effectifs de l’armée oblige les
services de recrutement à libérer tous ceux qui font valoir quelques
raisons médicales. On n’en est pas encore au volontariat, mais déjà au
stade où les nouvelles recrues sont de bonne volonté.

La question d’aujourd’hui est donc de savoir s’il faut maintenir une
obligation de servir. L’Etat peut-il exiger de tous (la parité voudrait
que l’obligation s’étende aux femmes) une disponibilité pour des tâches
d’intérêt général ? Ou faut-il renoncer à toute obligation et ne
prévoir, qu’il s’agisse du service militaire ou du service d’utilité
publique, que le seul volontariat ? Jusqu’à quel âge pourrait être
requise la mise à disposition du « recruté » ? Si l’on veut recourir à
des compétences professionnelles utiles, comment éviter que les
«mobilisés» qualifiés ne prennent la place et le travail des «civils» ?

Avant que les guerres d’aujourd’hui ne révèlent le rôle des enfants
soldats, la Suisse avait inventé, comme un mythe fondateur, la formule
que, chez nous, «tout enfant naît soldat». La formule devenue obsolète,
faut-il réinventer une autre «libre obligation»? Question civique
essentielle.

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