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Prix des médicaments: Pas comme ça, M. Schweri

!Baisser le prix des médicaments : bien sûr. Importer des produits meilleur marché en provenance de l’étranger et utiliser les génériques plus avantageux et de même efficacité : certainement. L’initiative Denner nous propose ce programme attrayant. La tentation est forte de dire « oui » pour contrebalancer l’influence excessive des grands pharmaceutiques sur la politique fédérale. Mais les excès du texte concocté par l’épicier démagogue nous empêchent de faire ce faux pas.

L’industrie pharmaceutique suisse est performante. Nous pouvons être satisfaits des emplois qu’elle assure dans notre pays et fiers de ses découvertes en faveur de la santé dans le monde. Mais pourquoi ce fleuron de l’industrie nationale nous condamne-t-il à payer nos médicaments plus chers qu’à l’étranger ? Lorsqu’ils sont en veine de confidence, les patrons pharmaceutiques nous disent que les prix élevés pratiqués en Suisse leur permettent de négocier dans les meilleures conditions avec les autorités sanitaires étrangères. Le marché suisse est une vitrine de luxe, un instrument de marketing pour une stratégie mondiale. On comprend donc la constance et l’intensité des efforts déployés par nos multinationales pour lutter contre la baisse des prix des médicaments en Suisse.
La Confédération, qui se démène pour contenir l’évolution des coûts de la santé, s’attaque au prix des médicaments. Berne veut faciliter les importations parallèles et encourager l’emploi des génériques. L’initiative Denner n’a donc rien inventé. Mais elle frappe aveuglement. Son but est essentiellement de faire de la publicité pour une chaîne d’épicerie et non pour protéger la bourse des consommateurs.

Importations parallèles

L’initiative demande que tous les médicaments vendus en France, Allemagne, Autriche et Italie pénètrent dans le marché suisse sans autre autorisation. L’exigence semble raisonnable. Ces pays inspirent confiance. Le contrôle des médicaments y est sérieux et les prix qu’ils pratiquent sont plus bas. Mais cette proposition qui vise à favoriser l’importation en provenance de quatre pays bien déterminés se fait en parfaite méconnaissance des règles commerciales européennes et internationales.
La libre circulation des médicaments est garantie à l’intérieur de l’Union européenne. Un produit enregistré dans l’un des quinze pays membres peut être vendu dans tous les autres. On peut donc acheter librement en Allemagne un médicament portugais, belge ou finlandais. Il est donc totalement illusoire de prétendre choisir, parmi les quinze, les partenaires en lesquels nous avons confiance.
L’OMC, l’Organisation mondiale du commerce est basée sur le « principe de la nation la plus favorisée ». Le pays qui offre une facilité commerciale à un Etat doit la concéder à tous les autres. En accordant le libre accès aux médicaments en provenance de l’Allemagne, pays sûr, la Suisse devrait le concéder à tous les pays sûrs. Bonjour les tracas et les fâcheries pour nos négociateurs commerciaux.

Adopter la solution européenne

Les règles de l’OMC ne s’appliquent pas aux ententes entre pays membres d’une zone de libre échange ou a fortiori à une entité intégrée comme l’Union européenne. La Suisse pourrait négocier avec l’Europe la libre circulation des médicaments sans être contrainte de se soumettre pour le reste du monde au « principe de la nation la plus favorisée ». Ce serait une démarche fructueuse et salutaire pour les consommateurs suisses. Plutôt que soutenir la démarche boiteuse de l’initiative Denner, mieux vaut donc demander l’adhésion à l’Union qui réglerait immédiatement la question des importations parallèles.

Les manœuvres des sociétés pharmaceutiques

L’initiative Denner n’entend pas laisser le médecin ou le pharmacien choisir entre le médicament original et le générique, sa copie meilleur marché. Avec ses gros souliers, le texte demande que seuls les médicaments les moins chers soient remboursés par les caisses. Les originaux devraient être payés par les patients. Cette ingérence sans nuance dans le choix d’une thérapie n’est pas acceptable (voir ci-contre : « Un générique ne remplace pas toujours d’original »). Ceci dit, les manœuvres des sociétés pharmaceutiques pour combattre les génériques ne sont pas acceptables, elles non plus.
Une révision de la Loi sur l’assurance maladie donne maintenant la liberté au pharmacien de proposer au patient un générique meilleur marché. Mais le médecin garde la possibilité de prescrire impérativement sur l’ordonnance le médicament original. Avec une bonne dose de désinvolture, l’entreprise Novartis a élaboré des formulaires d’ordonnance où est imprimée l’obligation de livrer l’original. Pour éviter que le médecin n’ait la faiblesse de laisser le pharmacien faire son choix ! Berne a heureusement mis fin à cette grossière manœuvre.
La bataille en faveur des génériques doit être menée. Les pharmaciens, qui clament leur volonté de contenir la progression des coûts de la santé doivent faire la preuve par l’acte. Car la Suisse doit combler un sérieux retard. Les génériques représentent moins de 3 % du marché des médicaments, contre 18 % en Allemagne et 40 % aux Etats-Unis. Ces chiffres prouvent à eux seuls le contrôle que les grands pharmaceutiques exercent sur le marché suisse. Mais les graves défauts de l’initiative Denner nous contraignent à un douloureux « non ». at

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