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Monnaie: Une brassée de fleurs pour la Banque nationale

Tous les paris sont tenus : le franc est solidement accroché à l’Euro. La croissance est de retour sans hausse de prix. Patrons et syndicats applaudissent la nouvelle politique monétaire. La Banque nationale tourne ouvertement le dos aux erreurs passées qui ont coûté à la Suisse des milliers d’emplois.

Le franc suisse n’est plus la vedette, la monnaie refuge promise à une revalorisation permanente. Depuis la création de l’Euro, au début de cette année, il se contente d’être un satellite de la monnaie européenne avec d’infimes fluctuations qui ne dépassent pas 0,5%. C’est sans doute décevant pour un ego patriotique mal placé. C’est peut-être mauvais pour les banquiers privés de Genève et d’ailleurs qui doivent trouver de nouveaux arguments pour attirer les clients étrangers. Mais c’est infiniment réjouissant pour la santé économique du pays.
La Suisse peut désormais compter sur un taux de change stable pour la plus large part de ses échanges commerciaux. La zone Euro représente 57% de ses exportations et 77% de ses importations. En étroite osmose avec le marché européen, notre économie retrouve le chemin de la croissance. La réévaluation du dollar face à l’Euro, et donc face au franc, n’a pas relancé l’inflation importée. Nos exportations hors de l’Europe en sont facilitées. Bref, la fin du Sonderfall monétaire helvétique ne présente que des avantages.

Les erreurs du passé

L’ancienne politique de la Banque nationale pêchait par un excès de rigueur et une absence de préoccupations sociales. Les experts nous apprennent aujourd’hui qu’elle ne maîtrisait pas, en outre, les instruments monétaires qui lui étaient confiés. Petit rappel pour constater une décennie d’erreurs de pilotage monétaire.
En 1987 la BNS, craignant un crash boursier analogue à celui de 1929, décide d’ouvrir les vannes de la masse monétaire. Faux calcul. L’économie s’emballe et les prix montent dangereusement. Le franc se dévalue. C’est la honte pour l’ancien champion de la rigueur. Markus Lusser, le patron d’alors, n’a de cesse de serrer la vis monétaire pour que l’inflation redevienne proche de zéro. Il continue de favoriser des taux d’intérêt élevés alors que l’économie est en pleine récession. Et lorsque Jean-Pascal Delamuraz suggère un peu plus de souplesse, notamment pour soulager les locataires atteints de plein fouet par la hausse des taux hypothécaires, Lusser affirme avec arrogance que le ministre de l’économie ne comprend rien à la politique monétaire. Or la politique menée par la BNS est un poison. L’économie suisse connaît une récession plus grave et plus tenace que tous ses voisins européens.

Nouvelle tête, nouvelle technique

La nouvelle direction de la Banque nationale, entrée en fonction en 1996, change d’attitude et de politique. Elle n’a plus besoin, comme l’ancienne équipe, de se refaire une vertu pour effacer le dérapage de 87. Le danger de l’inflation n’est plus une phobie et la lutte contre la récession et le chômage devient un objectif. Mais aussi Ð et peut-être surtout Ð on applique de nouvelles techniques. L’hebdomadaire Cash en attribue le mérite exclusif à Bruno Gehrig. Devenu l’un des trois directeurs généraux de la BNS, ce professeur de l’Université de St-Gall introduit les méthodes appliquées déjà par la plupart des Banques centrales. Suivie depuis près de quatre ans, la nouvelle technique monétaire a prouvé sa pertinence. La direction de la BNS pouvait donc la rendre publique. C’est ce qu’elle a fait lors de sa conférence de presse de fin d’année.

Changement de thermomètre

En simplifiant à l’extrême, disons que la Banque nationale a changé de thermomètre. Selon l’ancienne théorie, on examinait attentivement le volume de l’argent à disposition de l’économie, pour supputer la santé du franc dans les quinze ou vingt mois à venir. La banque ajustait sa « monnaie centrale » dans l’espoir de déterminer le niveau du franc de nombreux mois plus tard. Elle pouvait donc persévérer longuement dans une politique erronée. Aujourd’hui, la BNS suit attentivement la valeur du franc en se basant sur le taux que pratiquent les grandes banques internationales lorsqu’elles échangent du franc suisse à court terme. Par ses interventions au jour le jour, la BNS s’efforce de maintenir ce taux à un niveau inchangé.
Les citoyens lambda que nous sommes sont évidemment incapables de juger de la pertinence de cette nouvelle gestion monétaire. Mais contentons-nous simplement de constater qu’elle fonctionne. Elle va dans la direction réclamée avec obstination par Serge Gaillard, le solide économiste de l’Union syndicale. Elle a permis de passer en toute tranquillité la délicate épreuve de l’introduction de l’Euro. Cette nouvelle méthode et l’abandon de la mystique du franc fort sont certainement les meilleurs instruments de la revitalisation de l’économie suisse. at

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