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Taxes universitaires : Vrais problèmes et fausses questions

Dans un dossier publié par L’Hebdo du 1er mai, c’est le libéral Jean-Marc Rapp, recteur de l’Université de Lausanne, qui défend des taxes minimales alors que Charles Kleiber, secrétaire d’Etat à la science et à la recherche parfois apprécié de la gauche politique, et Patrick Aebischer, président de l’EPFL, soutiennent leur forte augmentation (entre 3 000 et 50 000 francs par année).
Dans un contexte dominé par la critique de l’immobilisme des universités suisses, par les discours sur l’émergence d’une «société du savoir» ou les projets d’université on-line, la question peut sembler futile. Cependant, même si l’augmentation n’est pas imminente, le débat mérite qu’on s’y attarde car il montre à quel point on peut passer parfois à côté des bonnes questions.

Les arguments financiers sont a priori la première piste de réflexion qui permet de comprendre l’idée d’une augmentation des taxes. Les hautes écoles ayant de plus en plus besoin de moyens, les pouvoirs publics rechignant à les leur fournir, il semble logique de penser aux taxes pour résoudre cette question. Un problème important se situe néanmoins au niveau des proportions. Par exemple, les taxes encaissées actuellement à l’EPFL n’atteignent même pas 1% de la somme reçue chaque année de la Confédération sous forme de subvention. On imagine l’augmentation nécessaire pour atteindre ne serait-ce que 10%. L’autre problème est évidemment celui du coût des bourses présentées comme la solution aux inégalités provoquées par l’augmentation des taxes. A moins bien entendu que l’on entre dans un système de remboursement de prêts sur trente ans évoqué par Patrick Aebischer.
La seconde piste de réflexion est plus une question de principe ou, pour reprendre les termes de Charles Kleiber, un «souci d’équité». Les étudiants qui ont eu la possibilité de suivre des formations de pointe auront le droit à des salaires nettement plus élevés que la moyenne et il serait juste qu’ils participent à leurs frais de formation. C’est oublier (naïvement ?) un fait essentiel. Les hauts revenus étant censés payer plus d’impôts, ils financent par ce biais les formations qu’ils ont suivies pour bénéficier d’un bon salaire (avec à la clé un effet de solidarité intergénérationnelle).

Payer pour étudier n’est
pas le seul obstacle
Il est surprenant de voir que ces principes relativement simples sont rappelés par le libéral Jean-Marc Rapp, dont le parti revendique pourtant les vertus de la compétition dès les premières années d’école. On aimerait avoir une position plus claire de Charles Kleiber. Son discours utopique sur la «société du savoir» dans laquelle «chacun ira chercher les connaissances là où elles se trouvent» permet toutefois de penser qu’il défend cette idée : forcer la mobilité des étudiants en jouant sur les taxes. Mais la mobilité d’un certain nombre de privilégiés doit-elle se faire aux dépens de la majorité ?
Le montant des taxes universitaires est une question qui a son importance. Mais elle ne doit pas occulter le fait que ce n’est de loin pas le seul obstacle à un accès le plus égal possible aux études universitaires. Même en rendant gratuites les hautes écoles, les étudiants dont les parents ont eux-mêmes obtenu un diplôme universitaire resteront largement surreprésentés. Le coût de la vie d’étudiant dû au changement de domicile et de mode de vie peut en être une cause. Mais c’est essentiellement l’échec de l’école primaire et secondaire à résoudre cette question en amont par une pédagogie et un système de promotion appropriés qui doit nous interpeller. La réduction des taxes n’y changera malheureusement rien, de la même manière que son augmentation ne résoudra pas les problèmes de financement de l’enseignement supérieur et de la recherche. De là à dire qu’il s’agit du mauvais débat ?

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