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Note de lecture: Histoire des combattants suisses en Espagne républicaine

L’historiographie officielle passe sous silence l’épopée des volontaires suisses engagés dans la guerre d’Espagne. C’est pour réparer cette injustice que deux chercheurs, Nic Ulmi et Peter Huber ont fait paraître un excellent ouvrage, Les combattants suisses en Espagne républicaine. Le livre mêle des informations inédites avec des témoignages des anciens combattants ; enthousiastes au moment du départ, lucides dans l’observation des conflits, désenchantés quand les milices se font la guerre, fidèles enfin lorsque la justice suisse les cueille à leur arrivée au pays.
En juillet 1936, au moment où le conflit éclate entre la République populaire et les phalangistes, une trentaine de futurs volontaires suisses sont déjà en Espagne : certains parce qu’ils travaillent dans des filiales d’entreprises suisses, d’autres parce qu’ils s’arrêtent en Espagne sur le chemin du Brésil ; ou alors, c’est parce que l’Olympiade populaire organisée contre les jeux olympiques de Berlin se déroule à Barcelone. Le train restera en gare, mais certains militants font le voyage par leurs propres moyens. Partis pour un séjour politico-sportif, la plupart resteront en Espagne jusqu’aux dernières phases de la guerre. Puis, quelques jours après le soulèvement militaire, des volontaires commencent à rejoindre les républicains espagnols. Des premiers départs entièrement spontanés, désordonnés, joyeux.
En août 1936, le conflit s’internationalise. L’Allemagne et l’Italie prennent position. La France du Front populaire et l’Angleterre défendent une politique d’apaisement et de non intervention. La Suisse affiche sa neutralité et par la même occasion interdit toute manifestation de solidarité envers la République populaire espagnole : interdiction de livrer des armes, de collecter de l’argent pour l’Espagne républicaine, puis interdiction de quitter la Suisse pour participer aux hostilités. Les organisations ouvrières lancent des appels à la désobéissance. L’Espagne devient dès lors le symbole de la Liberté et non plus seulement des libertés du peuple espagnol. Des centaines d’hommes et des femmes partent pour l’Espagne, avec escale en France, accueillis par un vaste réseau de militants socialistes et communistes. Marseille est le centre du rassemblement. Pour être enrôlé les procédures sont simples : on passe un entretien, on fait une visite médicale et on montre un papier de légitimation politique.

Origine des volontaires

Sur l’ensemble des combattants étrangers (35 000 à 40 000 personnes), 800 sont donc Suisses, ce qui en fait le pays à plus fort contingent de volontaires. Parmi eux, des artisans, des ouvriers, des chômeurs. Les trois-quarts du contingent viennent des villes, Zurich, Bâle, Genève et d’un canton, le Tessin. Les données fiables à disposition concernent 530 volontaires. On apprend ainsi que parmi eux, 60% sont communistes, 14% socialistes, 4% sont des anarchistes, 1% des trotskistes.

Les motivations
Les motivations sont nombreuses, à la fois personnelles et politiques. Des volontaires partent pour participer à la mobilisation ouvrière, sauver la République populaire, combattre le fascisme. D’autres s’en vont aussi parce que chez eux, en Suisse, ils sont déracinés ou qu’ils ont peu à perdre. Mais, relèvent les deux auteurs, le soleil, la danse, les terres de l’Espagne fascinent alors que la Suisse s’enfonce dans la crise. Le cirque Knie, par exemple, propose, en 1931, un ballet de la République espagnole ; les films s’enchaînent qui exaltent les passions ibériques. L’Espagne, « c’est une nouvelle Amérique ou une nouvelle URSS, mais plus chaleureuse, plus abordable ». Par contre, de révolution, de progrès social, il n’est nullement question.

Conflits dans le conflit

L’ouvrage consacre plusieurs chapitres au déroulement des conflits, donnant la parole aux volontaires, attachés les uns au POUM, trotskiste, les autres aux troupes du PSUC, communiste, les autres encore choisissant le camp des syndicalistes anarchistes, la CNT-FAI. Ces récits témoignent des dissenssions entre milices, de la mainmise progressive du parti communiste sur l’organisation de la lutte, de la militarisation des combats et des combattants, dont certains refusent d’utiliser les mêmes armes que leurs adversaires phalangistes. Certains volontaires suisses rentrent chez eux blessés, ayant perdu une jambe, un bras ou un œil, souvent désenchantés par les guerres entre fractions.
Le retour au pays est dur, comme la justice. Le tribunal militaire suisse sera un des plus sévères d’Europe, infligeant des peines allant jusqu’à huit mois de prison ; 80% des personnes engagées dans le conflit seront jugées et condamnés (un à six mois de détention). gs

Les Combattants suisses en Espagne républicaine (1936-1939), Nic Ulmi et Peter Huber, Antipodes, Lausanne, 2001.
Antipodes a fait paraître simultanément : La Suisse et l’Espagne de la République à Franco, édité par S. Guex, M. Cerutti et P. Huber, et un livre consacré au taylorisme en Suisse romande ; nous en parlerons dans un prochain numéro.

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