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Recherche scientifique: Le Natel donne-t-il le cancer ?

Comment définir de manière scientifique les effets de l’utilisation du Natel sur la santé ?Pour l’instant, les outils des chercheurs ne donnent pas de résultats probants.

«En l’état actuel de notre savoir, on ne peut conclure à l’existence d’un risque pour la santé des technologies de communication sans fil». Les 100 millions de dollars, selon les estimations de l’OMS, actuellement injectés dans la recherche sur les éventuels risques des téléphones mobiles, corroborent, mois par mois, cette affirmation. Alors pourquoi est-il peu probable de voir la fin de la controverse médiatique ?
Plusieurs explications peuvent être envisagées, parmi lesquelles la prudence de l’administration qui rechigne à conclure à l’innocuité de l’utilisation d’une nouvelle technologie, au cas où un risque encore inconnu apparaîtrait; les chercheurs alarmistes, qui autrefois n’avaient pas de support pour faire connaître leur point de vue, peuvent aujourd’hui recourir à Internet.

Pas de recherche sérieuse

Je m’attarderai sur une autre explication : la complexité inhérente de ce type de recherche. Il n’existe pas d’outils définitifs pour trancher la question. Premier outil, l’épidémiologie. On a d’un côté, pour la Suisse, quatre millions d’utilisateurs Natel ; de l’autre, le cancer du cerveau dont l’incidence est d’environ sept cas sur 100 000 habitants par an. Par conséquent, sans tenir compte du fait que le cancer du cerveau a des causes multiples et se développe très lentement, un certain nombre d’utilisateurs du Natel (environ 300 par an) contracteront la maladie, même en l’absence de toute relation de cause à effet. Les études épidémiologiques requièrent donc des statistiques rigoureuses, des groupes-contrôle sans équivoque, une relation «dose-effet» démontrée (incidence de cancer proportionnelle aux heures d’utilisation du téléphone portable). Les pièges sont nombreux, en particulier dans les études «cluster» (incidences de leucémie chez les enfants vivant près d’un émetteur comme Sottens ; fréquence du cancer chez les policiers qui utilisent des radars à main ou encore chez le personnel de l’ambassade américaine de Moscou mis sous écoute 24 heures sur 24 de 1953 à 1976). Dans ces études, la délimitation souvent empirique dans le temps ou l’espace de la population à risque détermine le résultat de l’enquête.

La recherche en laboratoire

Le second outil de recherche est l’étude des effets des ondes type téléphone portable en laboratoire. Ces ondes ont un énergie déterminée, insuffisante pour arracher un électron à un atome (elles sont dites «non-ionisantes ») et très insuffisantes pour casser une liaison chimique (qui, en endommageant l’ADN, conduirait au cancer). Voilà pour les données physiques ; mais comme il est impossible de mesurer réellement le trajet des ondes «Natel» dans notre tête et les effets locaux précis, il faut recourir à des simulations, ce qui autorise le doute. Un petit nombre d’études, où des rats étaient soumis pendant longtemps et en permanence à ces ondes, ont montré une faible augmentation (de l’ordre de 1 sur 2000) de lésions cellulaires. Mais comme ces études n’ont pas pu être confirmées par d’autres, les scientifiques Ð mais pas le public Ð les considèrent comme de peu d’importance. Là aussi, les pièges sont nombreux; il suffit par exemple que le temps écoulé entre «l’euthanasie» de l’animal et l’analyse de son cerveau soit légèrement plus long (1 minute) pour les animaux traités aux rayons, pour que des dégâts cellulaires bien supérieurs apparaissent. Finalement, bon nombre de ces protocoles induisent des effets thermiques (tel votre Natel qui vous chauffe l’oreille après une longue causette), et les rats ainsi chauffés pendant des semaines sont effectivement plus fébriles et peuvent développer un peu plus fréquemment des tumeurs.
Ces subtilités d’experts sont ennuyeuses pour le grand public, de sorte que le chercheur et le journaliste préfèrent généralement, plutôt que discuter la non-pertinence de certains résultats, conclure que «d’autres études sont encore nécessaires». Ce qui arrange d’ailleurs le chercheur. ge

P.S: En fait, il y a un risque, bien réel : «La seule cause létale pour laquelle existe une indication d’augmentation du risque corrélée à l’augmentation du temps d’utilisation de l’appareil de téléphonie mobile est l’accident de circulation».

Sources : « Cell phones and cancer : what is the evidence for a connection ? Radiation Research 151 (1999) », La Recherche, décembre 2000 ; « Portables et cancer », Tages Anzeiger, 26 janvier.

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