Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste du 31 octobre 1963 au 24 juin 2021
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Après 58 ans, Domaine Public a cessé de paraître. Ce site ne publiera plus de nouveaux articles et est en cours de transformation pour présenter l'histoire et les archives du journal.

Note de lecture: Comment croire au pire quand on est jeune ?

En fait c’est assez rassurant : avec Pascale Kramer on sait dès le départ que l’histoire qui nous est racontée sera tragique. La seule question est ensuite de savoir à quel moment se noue le drame. Les Vivants, le cinquième opus de Pascale Kramer n’échappe pas à cette règle. Comme dans ses livres précédents, l’auteure nous amène, sans en avoir l’air, vers le tragique.
Un tragique qui reste relié à la vie par les couleurs, les parfums, les corps. Dans Les Vivants, il fait beau, trop beau peut-être, le soleil frappe les têtes, la terre est sèche, l’ombre rare. L’histoire se situe dans un grand nulle part, aux confins d’une campagne traversée par l’autoroute. Au fond, les indices de l’existence ne font que révéler l’imminence du deuil, les lumières aveuglantes la présence de l’obscurité.
Dans les précédents romans de Pascale Kramer, le récit était construit en boucle, ou en parenthèse, qui se fermait sur les personnages le livre terminé. Dans Les Vivants, il y a comme une échappée, un ciel. Louise, son mari et son jeune frère Benoît vivent ensemble le drame de la mort accidentelle des deux enfants du jeune couple. Alors que la jeune mère dépérit courageusement, les deux hommes démissionnent et l’abandonnent ; mais ils s’en sortent.
La question pourrait être : comment une mère, comment une famille survit-elle après que les deux jeunes enfants ont péri dans un accident ? Que faire avec la culpabilité, le désespoir, comment les partager, comment les cacher ? Que faire avec un amour mort sur les bras, que faire d’une jeune mère défaite, enfermée dans son silence et dans sa douleur ?
Mais comme dans ses œuvres précédentes Manu, Le bateau sec, Onze ans plus tard, Pascale Kramer ne raconte pas un drame réaliste ; on n’apprend rien, on ne se dit pas « comment aurais-je réagi à la place de la mère ? » ; ce n’est pas un sujet de société ou un témoignage, ou un vécu. On n’est pas véritablement ému par la tragédie, juste saisi d’effroi, pétrifié. Et c’est tout le talent de Pascale Kramer : montrer que la véritable tragédie, après les deuils, c’est l’immobilité. gs

Pascale Kramer, Les Vivants, Editions Calmann-Lévy, Paris, 2000.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/8185 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/8185

Thématiques

Accueil

Auteures / Auteurs

Les articles

Les publications

Le Kiosque

À propos de DP