Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste du 31 octobre 1963 au 24 juin 2021
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Après 58 ans, Domaine Public a cessé de paraître. Ce site ne publiera plus de nouveaux articles et est en cours de transformation pour présenter l'histoire et les archives du journal.

Note de lecture: Un couple, ce jardin étouffant

Le dernier opus de Pascale Kramer, publié chez Calmann-Lévy vient de paraître. Après Manu, récit tragique et estival et Le Bateau sec, une histoire en cinq actes enlisée dans une lande déserte, l’auteur poursuit patiemment sa description des sentiments humains.
Non que Onze ans plus tard soit un drame réaliste. Pascale Kramer, comme dans ses œuvres précédentes, ouvre une parenthèse qui se referme sitôt le livre terminé. Le récit est sans message, on n’apprend rien, on devine peu, on cherche en vain un « vécu », une morale de l’histoire. Ici, un couple dans une grande maison entourée d’un jardin. Ici une femme qui entend, dès les premières pages, son mari tomber de la fenêtre. La suite consiste en un long travelling arrière sur la déconstruction du couple, un échec dont la mort d’un des protagonistes ne délivre pas, mais qu’elle élucide.
Récit en boucle, Onze ans plus tard dessine, au rythme de saisons exagérément dramatiques Ð l’hiver est glacial, l’été est étouffant, le printemps venteux Ð, le tracé sans histoire d’une relation de couple. L’homme en est-il le narrateur ? Rien n’est moins sûr, tant la femme est opaque, énervante, presque transparente. C’est bien le regard d’un homme sur sa femme, pendant onze ans, mais d’un homme qui perçoit, confusément, leurs sentiments respectifs. Comme dans Le Bateau sec, les indices de l’existence, le lien à la vie se révèlent de l’extérieur : le jardin, dont Pascale Kramer décrit les sursauts et les humeurs, la maison qui résonne, renvoyant l’écho des amours et des indifférences. La mort n’a pas vraiment d’importance, elle permet simplement de fermer la parenthèse, interdisant aux personnages une vie hors du récit et au lecteur une émotion trop facile.
Ë aucun moment, Pascale Kramer n’utilise des effets de manche. L’écriture est simplement implacable. Quelques scènes lui suffisent pour donner rythme à de petits drames, apparemment anodins, pour créer la dissonance là où on s’y attend le moins. Les phrases tombent sèchement, les chapitres sont coupants, à mesure que les incompréhensions, les solitudes et les complaisances s’amplifient.
Pascale Kramer, à force d’ouvrir et de fermer les portes sur la vie, ses petites et grandes tragédies, impose son talent, dans la continuité. gs

Pascale Kramer, Onze ans plus tard, Calmann-Lévy, Paris, 1999.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/8105 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/8105

Thématiques

Accueil

Auteures / Auteurs

Les articles

Les publications

Le Kiosque

À propos de DP