Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Collaborations intercantonales : la culture: L’OSR est un orchestre romand. Jusqu’à quand ?

Volonté d’assainir les finances cantonales ou tentative de moderniser les structures existantes, les collaborations entre cantons touchent de nombreux domaines, de la politique hospitalière au développement d’institutions culturelles communes. Avant d’engager un processus de fusion de cantons, y a-t-il d’autres alternatives, dans des délais plus raisonnables ? Un (contre) exemple, l’Orchestre de la Suisse romande (OSR).

Hôpitaux, universités, prisons ? Nombre d’établissements publics sont aujourd’hui soumis à l’épreuve des collaborations intercantonales. La culture ne devrait pas échapper à l’exercice. Or, miracle, un orchestre suisse romand existe déjà. Nul besoin à première vue de soulever les leviers de la fusion pour avoir un orchestre symphonique de qualité. L’acte de naissance de l’OSR s’inscrivit d’ailleurs dans une dynamique identique à celle qui se développe aujourd’hui. Des moyens financiers limités obligeant les collectivités publiques et les institutions culturelles à collaborer.
Au début du XXe siècle, la situation musicale en Suisse romande résultait de petits efforts que chacun menait à son rythme et dans son coin. Genève ne possédait qu’un orchestre quelconque, jouant uniquement pour son opéra. Lausanne, en dépit d’une population plus restreinte, possédait un orchestre excellent. Quant à Neuchâtel, ville dotée d’un public peu nombreux mais cultivé, elle engageait des orchestres des villes voisines. Seule la petite cité de Montreux se payait le luxe d’entretenir un orchestre régulier, en raison de son tourisme de luxe. C’est en 1911 que naquit dans les esprits l’idée d’un orchestre romand. Les résistances furent tenaces puisqu’il ne vit le jour qu’en 1918, grâce à Ernest Ansermet. Le chef d’orchestre, doté d’une réputation internationale, parvint à recruter des musiciens dans toute l’Europe et récupéra les artistes de l’orchestre de Genève. L’OSR était né et dignement baptisé lors de son premier concert au Victoria Hall.

Le plan Ansermet

Mais la situation financière restait précaire : l’Europe après le krach de 1929 pansait ses plaies. Les salaires des musiciens étaient modestes ; il devenait difficile d’assurer l’existence d’un orchestre romand de qualité, même six mois par an. Les mécènes se faisaient plus rares et les déficits s’accumulaient dangereusement.
Ansermet réussit à rassembler les ressources romandes en imposant un plan Ð qui porta son nom Ð prévoyant le soutien des villes et des cantons accueillant les concerts, ainsi que celui de la radio et des mécènes et mélomanes, lesquels se groupèrent en deux « Associations des amis de l’OSR », l’une à Genève, l’autre à Lausanne.

Le financement de l’OSR est en grande partie genevois

Depuis quatre-vingts ans, l’OSR s’exporte à l’étranger comme représentant de la Suisse francophone et tourne en Suisse en tant qu’institution musicale romande. Mais en réalité, si le plan financier d’Ansermet prévoyait un orchestre fédérateur, emblème musical de la Suisse romande et de son vivier artistique, la lecture du programme ainsi que du budget de l’orchestre montre que, quoi qu’en dise son nom, l’OSR reste un orchestre genevois. Son financement est assuré essentiellement par les pouvoirs publics de la ville et du canton de Genève (voir tableau). Les dons privés et les ressources provenant de l’association des amis de l’OSR sont garantis en grande partie grâce à la générosité des fortunes genevoises. En tout, plus de 75 % du budget. Le canton de Vaud offre bien une modeste subvention, 1,5 % du budget total mais elle se réduit comme peau de chagrin quand vient le temps des restrictions budgétaires. Pour l’année 1999, le Conseil d’Etat vaudois a prévu de couper 120 000 francs aux 300 000 garantis ces deux dernières années. Quant aux autres cantons romands qui, a priori, n’ont aucune raison d’apprécier moins que les Vaudois et les Genevois la musique symphonique, ils sont totalement absents du plan financier.
Pour l’année 1998, l’OSR a déjà dû se serrer la ceinture (280 000 francs de moins qu’en 1997). Pour l’année 1999, les pouvoirs publics cantonaux et communaux genevois ont promis de maintenir la même subvention. Mais la baisse de la part cantonale vaudoise va peser lourd sur les finances de l’orchestre symphonique romand.

La culture est le porte-drapeau d’une ville

Au fond, l’OSR est suisse romand parce que Genève est en Suisse romande. L’OSR est installé à Genève, il répète à Genève, se produit la plupart du temps à Genève, et au fond vend l’image de Genève, en Suisse et à l’étranger. Lausanne est la seule ville à avoir le privilège de pouvoir profiter de ses prestations, à raison d’un concert tous les quinze jours. La capitale lausannoise ne se prive d’ailleurs pas d’en souligner la modestie, préférant dès lors consacrer ses moyens financiers, limités, à son propre orchestre, l’Orchestre de Chambre de Lausanne.
La légendaire rivalité entre les deux villes lémaniques n’y est certes pas étrangère. Dans les années vingt déjà, de nombreux débats avaient agité le bout du lac, des propositions avaient été formulées pour déplacer l’OSR à Lausanne. Et quand Lausanne ou le canton de Vaud rechignent à subventionner l’orchestre romand, celui-ci menace alors de changer de patronyme et de se consacrer totalement à sa ville nourricière.
Mais, plus généralement, la culture est le porte-drapeau d’une ville et non d’un canton ou d’une région. Elle lui apporte l’aura dont elle a besoin pour se développer économiquement. C’est au nom d’une ville qu’un orchestre bâtit sa réputation, c’est sur son sol qu’il se développe, c’est son économie qu’il alimente, c’est son opéra qu’il accompagne. Certes, des collaborations entre cantons, solides, efficaces, sont possibles. Mais elles pourront se développer uniquement si l’on procède au préalable à une remise à plat des compétences à l’intérieur de chaque canton et si l’on définit une véritable politique culturelle ; en amont Ð formation, conservatoire, etc. Ð et en aval Ð subventions, clé de répartition financière. gs

L’OSR en 1998
Total du budget des produits : 20 554 800 francs.
Soit 281 365 francs de moins qu’en 1997

Subventions, en % du budget, en francs

Ville de Genève, 35,2 %, 7 230 600
Canton de Genève, 33,4 %, 6 860 600
Ville de Lausanne, 0,1 %, 30 000
Canton de Vaud*, 1,5 %, 300 000
Société suisse de radiodiffusion, 6,6 %, 1 350 000
Total des subventions, 76,7 %, 15 770 600

Produits des concerts, 9,5 %, 1 954 200

Contributions et dons
Assoc. genevoise des Amis de l’OSR, 2,4 %, 500 000
Assoc. vaudoise des Amis de l’OSR, 0,7 %, 150 000
Autres dons et contributions, 3,8 %, 780 000
Total des contributions et dons, 7,0 %, 1 430 000

Sponsoring, 3,8 %, 788 500

Autres recettes, 3,0 %, 611 500

*Le Conseil d’État vaudois a annoncé à l’OSR une baisse de subvention de 120 000 francs pour l’année 1999. Elle doit encore être votée par le Grand Conseil.

L’OSR n’a pas de recettes d’enregistrement. La maison de disques lui paie un défraiement, mais l’OSR ne touche aucune royaltie sur la vente de ses disques.

Sur l’orchestre symphonique
Alfred Willener a enseigné la sociologie de la culture à l’Université de Lausanne. Il a écrit de nombreux ouvrages consacrés à la musique symphonique. Il aborde de manière complète les rapports de production musicale, il traite de la formation des musiciens, de la diffusion de la musique, il raconte le travail en studio d’enregistrement, et les problèmes de financement et de la réception de la musique.
à lire pour comprendre les rapports hiérarchiques entre les musiciens, leur origine sociale, la progression des femmes au sein des orchestres, et plus généralement le rapport entre musique et société:
La pyramide symphonique, exécuter, créer ? une sociologie des instrumentistes d’orchestre, éd. Seismo, Zurich, 1997
Les instrumentistes d’orchestres symphoniques, Variations diaboliques, éd. L’Harmattan, Paris, 1997

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/8087 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/8087

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP