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Cinéma: Films engageants plutôt qu’engagés

Le cinéma français résiste honorablement aux machines américaines. Des films à petits budgets rencontrent le succès public et critique. Les derniers chiffres publiés montrent que ceux-ci obtiennent les meilleurs résultats, en termes de rapport coût
et recettes. Ils exaltent un certain humanisme à la française, l’image d’une société communautaire et chaleureuse. Il n’en faut pas moins pour que les médias crient à la naissance d’un cinéma estampillé « cinéma citoyen ».

Est-ce La Haine qui mit le feu aux poudres ? Le film de Mathieu Kassowitz réveilla brutalement un cinéma français qui ronronnait doucement, en montrant les banlieues, le chômage, la violence et la drogue. Tout ça était un peu esthétisant, un peu clip pour MTV, le verlan était suffisamment incompréhensible pour que le citoyen lambda s’y sente étranger. La presse s’en empara, on parla d’exclusion, on parla de l’enfer des banlieues, et on étiqueta Kassowitz cinéaste engagé, à son corps défendant. Et comme le cinéma est un art totalement amnésique, on oublia de rappeler qu’il y eut Godard, il y a vingt ans dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, où la belle Marina Vlady moulée dans son pull en acrylique contemplait l’horizon bouché depuis son balcon de grisaille.
Mais enfin une certaine qualité française était remise en cause, celle qui montrait la tribu des BC ( bourgeois cool, à ne pas confondre avec BCBG ), artistes, musiciens, philosophes, voire même marionnettistes, vivant on ne sait comment, dans des appartements de six pièces au centre de Paris, et discourant des heures entières de leurs dérives de cœur, attablés aux terrasses de cafés à la mode.

Hors des microcosmes parisiens

Après le séisme de La Haine, après les images noires de l’exclusion sociale, une nouvelle tendance se dessine dans le cinéma français, en accord par ailleurs avec les majorités politiques du moment : le courant humanitaro-social. Chefs de file : Manuel Poirier, « jeune » cinéaste de 42 ans qui signe Western, mais aussi Marion, actuellement sur les écrans romands, et Robert Guédiguian réalisateur de Marius et Jeannette. Ils ont pour point commun de sortir des chemins battus et rebattus des microcosmes parisiens. Pour le Nord Western, récit de voyage de deux exilés errant dans les paysages bretons, pour le Sud Marius et Jeannette, histoire d’une petite communauté nichée au cœur d’un quartier marseillais. Le nouveau cinéma français raconte simplement des histoires pas simples. Difficulté de la migration, porte à porte en quête d’une identité plurielle pour l’un, chômage et exclusion sur fond communautaire pour l’autre.
Ces deux films, à petits budgets, avec des acteurs inconnus, auraient pu rester totalement ignorés du grand public et circuler uniquement de festivals en festivals indépendants. Pourquoi la recette a-t-elle marché ? Parce que la représentation de l’exclusion sociale renvoie certes à une dure réalité, mais elle émeut ; mieux, elle rend heureux. On rit de l’étrangeté et de la solitude des migrants perdus au fin fond de la Bretagne alors qu’elle devrait nous révolter ; on s’amuse de la crétinerie du parfait beauf français votant Front national parce qu’il est au chômage, alors qu’elle devrait nous inquiéter ; on est séduit par le charme sensuel d’une quinquagénaire communiste, on s’attendrit d’une histoire d’amour entre une mère célibataire et un ex-alcoolique, gardien de chantier.

Un cinéma du bonheur, pétri de bonnes intentions

En réalité, l’exclusion, qu’elle soit raciale ou sociale, est circonscrite au lieu, l’extrême Nord, l’extrême Sud et aux personnages. Les deux migrants transportent dans leurs valises leur inadaptation au monde et dans Marius et Jeannette, les drames restent confinés à la petite cour intérieure dans laquelle les personnages vivent en communauté. L’image de l’exclusion et de la tragédie sociale rassure : elle n’est pas contagieuse, elle ne déborde pas.
Ce cinéma du bonheur, pétri de bonnes intentions, pédagogique Ð aimer son prochain quelle que soit la couleur de sa peau Ð est au fond extrêmement optimiste. Le Front national en France est en constante progression, les chômeurs en fin de droit restent dans une misère noire et pour autant qu’on sache, le Parti communiste ne séduit pas autant que la militante de Marius et Jeannette.
On ne peut pas ne pas aimer Marius et Jeannette ou Western ; et c’est bien le problème. Les valeurs, les sentiments, les personnages qui traversent ces films sont engageants, mais pas engagés.
Restent cependant deux fables, d’une chaleureuse humanité, qui évitent le misérabilisme et la fatalité d’une classe ouvrière abandonnée à elle-même, contrainte de s’appuyer sur la force des liens communautaires. Des qualités trop rares au cinéma pour qu’on les boude. gs

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