Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Chronique: Après Vevey

Les fêtes de l’été, mélange des genres.

Dernier été du siècle. Vacances à la maison, vrai repos. Retour aux sources, ensuite, dans le Jura désert des « horlogères ». Sans voiture, sans magasins. Rien vu, rien entendu, rien dépensé. Rien écrit. Consommatrice en latence, chroniqueuse en grève.
Rentrée à Lausanne. Bloquée devant mon ordinateur, je ne vaux plus un octet. Mémoire vive décédée, corbeille vidée, le néant. Juste retour des choses. En regard du battage médiatique, en effet, ma culpabilité ne fait aucun doute : à force de fuir les événements, à bouder les grands délires collectifs, à toujours jouer les contrelayues, c’était couru, j’ai tout raté. Pensez ! Je n’étais ni à Nyon, ni à Montreux, j’ai loupé Mozart à Verbier et snobé Verdi à Avenches.
J’ai bien essayé la fête nationale de la Sagne (NE). Je me réjouissais tant de cette unique sortie estivale que j’étais pile à l’heure et à pied au sommet du Grand Sommartel. Présente oui, mais mare seule, malheureusement. Comme dans plusieurs communes du canton, la cérémonie avait eu lieu le soir précédent
Ð Si vous aviez lu le papillon tous ménages correctement, a déploré la buraliste postale le lendemain.
Ð D’accord, mais un premier août, le trente et un, avouez que c’est étrange.
Ð Pas quand ça tombe sur un dimanche, a-t-elle expliqué, les gens qui travaillent, et Dieu merci, y en a encore quelques-uns, ça leur fait trop tard pour une ribouldingue !
Non, décidément, je n’ai pas d’excuse, j’ai tout raté. Même Vevey, c’est dire.
Et pourtant j’y suis allée. Avant. Les ouvriers s’activaient encore sur les gradins. Poli, patient mais déterminé, François Rochaix répétait au micro dans le tintamarre ambiant. ‚a tapait du marteau sur le métal des poutrelles, des trombones pouffaient dans la coulisse, une grue couinait en bâillant. Le long du lac, sur la passerelle de bois, des décorateurs en catogan laquaient un escargot géant sous les zooms d’un charter de Japonais ébaubis. De solides soldats assuraient la sécurité aux entrées stratégiques, triant le bon grain des figurants répertoriés de l’ivraie des resquilleurs. Sur les quais, on dressait déjà les tables des cantines. Au restaurant le plus proche, dans une moiteur tropicale, j’ai bu du thé froid au prix du Dézaley. Puis j’ai marché jusqu’au musée historique de la ville pour le trouver fermé entre midi et deux heures. Croisée dans l’escalier, la responsable a eu pitié de moi. Faisant une téméraire entorse au règlement, elle a rallumé les salles, les vitrines et les musiques de Doret et Balissat : consacrée à la Fête des vignerons à travers les âges, son exposition m’a sacrée visiteuse privilégiée et vendangeuse infatigable.
Ð Vous aurez du monde, elle est magnifique, lui ai-je prédit à la sortie.
Ð Ou alors pas un chat, s’est-elle inquiétée, le pari est risqué ? on est trop loin des arènes, les gens auront soif et plutôt envie de s’amuser ?

On peut lire dans Le Conservateur suisse ou Recueil complet des étrennes helvétiennes, à Lausanne, chez Louis Knab, libraire (1813), sous Fête d’agriculture de Vevey (Tome I) :

«On célèbre tous les quatre ans à Vevey, une fête d’agriculture, unique en son genre ; on la nomme l’Abbaye des Vignerons : son origine fort ancienne est aussi fort obscure, comme celle de la plupart des institutions utiles : on en sauroit sans doute quelque chose de plus authentique, sans un incendie qui consuma en 1688 les archives de la confrérie [ ?]
» La fête du 20 août 1783, a été des plus brillantes ; un concours immense y a amené une foule de Fribourgeois, de Valaisans, d’habitants de nos Alpes, aussi avides d’entendre chanter les louanges de Bacchus, qu’habiles à juger du prix de ses dons [ ?]
» Nous laissons à l’imagination des lecteurs à se représenter la marche pompeuse de toute cette procession, et le ballet de caractère qu’exécutèrent très-joliment dans les diverses places de la ville, la grande Prêtresse, les Faunes et les Bacchantes. Nous ne rapporterons point les hymnes chantés à l’honneur de Bacchus et de Cérès, très conformes à la fête, très helvétiques ; ils avaient plus que le mérite du moment, parce qu’on y trouve moins d’esprit que de naïveté, et plus de force que d’harmonie : nous ajouterons seulement que le refrain du chœur des Bacchantes étoit bien national ? il n’est pas long.

Chacun a son tempérament ;
Boire est notre amusement.

» Celui du chœur des moissonneurs avoit quelque chose de plus antique, de plus savant : il venoit de Rome même.

Oui, sans Cérès et sans Bacchus,
Il n’est point d’autel pour Vénus.

» La procession finie, on dressa sur une promenade charmante au bord du Léman, une table de plus de 150 couverts ; elle offrait à l’œil pour toute vaisselle des plats et des assiettes de terre ou de bois, et à l’appétit, un pain grossier, des choux, des fèves et d’autres légumes, avec quelques pièces de bœuf étuvé ou rôti ? Le repas, comme les habillements et les danses, tout en un mot avait le costume du jour.
» Le surlendemain, un bal charmant montra que messieurs de Vevey savent réunir les fêtes de la ville à celles de la campagne : par tout l’ordre accompagna le plaisir ; l’antique hospitalité fit les honneurs du jour : amis, voisins, étrangers, tous les spectateurs regagnèrent leurs foyers, également satisfaits du spectacle et de ceux qui l’avoient donné. » Anne Rivier

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/7882 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/7882

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP