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Exposition : Pascale Favre, le charme de l’indiscrétion

On se bousculait presque l’autre soir au vernissage de l’exposition de Pascale Favre dans le Palais de l’Athénée à Genève. Si Les heures chaudes de la jeune artiste ont su – par un vent glacial – attirer tant de monde entre les murs de la vénérable institution genevoise, c’est que l’œuvre présentée est une irrésistible invitation au voyage.
Pascale Favre, en résidence au Caire depuis janvier, présente un ensemble de dessins d’une qualité exceptionnelle. On y entre en franchissant un ample rideau brodé de mouches, histoire de rappeler élégamment l’incontournable compagnon des moments de sueur. Puis une première halte dans la salle Crosnier, les dessins n’y sont pas accrochés mais installés, dans leur monumentalité, comme un décor de cinéma. Cette figuration est judicieuse . On s’introduit dans l’univers de l’artiste comme on irait au spectacle : curieux, détendu, intrigué. Enfin, dans la salle voisine, c’est en fresque que le dessin apparaît.
Le travail de Pascale Favre nous frappe d’abord par la précision et la sûreté du trait. Cependant, comme le relevait Hervé Laurent, enseignant à l’école des Beaux-Arts de Genève qui présentait avec éloquence l’exposition, sa virtuosité n’en constitue pas à elle seule la qualité. Si l’on s’absorbe tant dans cette œuvre, c’est qu’elle parvient à dévoiler peu à peu sa complexité. Patiemment, l’univers représenté ici (une maison, des chambres, des meubles) agit sur notre mémoire. Quelques traces du quotidien indiquent que le lieu est habité. L’absence de toute figure humaine permet de visiter tout à son aise ce décor où transparaît une agitation passée. On est même prié de laisser libre cours à son indiscrétion naturelle. On aurait tort de s’en priver, vraiment, il n’y a rien là d’impudique, je vous l’assure.
Avouez qu’il est tout de même agréable, parfois, d’être l’invité d’un hôte absent mais convivial. Je ne pense pas tant au concierge qui sommeille peut-être en chacun de nous qu’à une certaine quiétude domestique en partage. Calme et volupté. Le luxe est ici superflu.

Pascale Favre : Les heures chaudes, Palais de l’Athénée, Genève,
jusqu’au 20 mars 2004,
www.athenee.ch

A cette occasion a été publié le Cahier de la Classe des Beaux-arts n° 153.

A lire également : de nuit, éditions art&fiction, Lausanne, 2003, www.artfiction.ch

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