Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Taxe Tobin: Une bonne idée vieille de 30 ans

Une association française, Attac, a repris une idée de trente ans, l’idée d’un prix Nobel d’économie, James Tobin. Objectif : s’en prendre à la spéculation financière.L’économie s’affranchit de tout contrôle démocratique. L’économie se nourrit d’elle-même, se passant du monde réel. Les citoyens contemplent, avec une impuissance de téléspectateurs, les échanges financiers, sans liens avec des échanges commerciaux réels, qui modèlent pourtant leur existence : 1000 milliards de dollars par jour de transactions sur les marchés monétaires internationaux. Cet état du monde n’est ni naturel, ni Ð par conséquent Ð fatal. Un mouvement se dessine, qui vise au contrôle, à la transparence, à l’imposition de ces mouvements financiers Ð et à l’emploi de cet impôt pour susciter un développement durable. Le marché libéré de toute entrave a démontré sa capacité de nuisance et certains réfléchissent dès lors aux moyens qu’ont les collectivités de reprendre le dessus sur le fauve en liberté.
La Taxe Tobin, imaginée en 1972 par James Tobin, économiste keynésien et prix Nobel en 1981, est l’un de ces outils, de ces « grains de sable dans les rouages de la spéculation » qui ne résoudront pas tout, mais constitueront un premier pas vers la domestication de la sphère économique.
James Tobin : « Ce qui me paraît important, la chose principale, c’est de lutter contre cette idée que le marché fera tout bien, en toutes circonstances, que tout ira pour le mieux si l’on n’empiète pas sur la liberté du marché. J’ai trouvé incroyable qu’une des conditions posées à l’assistance offerte par les organisations financières internationales aux pays en difficulté était qu’ils libéralisent encore un peu plus leurs marchés financiers. Alors que le problème est venu du fait qu’ils avaient déjà des marchés trop ouverts ! »
Le principe de la taxe est tout simple : chaque transaction de change est frappée d’une retenue de 0,1 %, par exemple. La faiblesse du montant la rend insignifiante pour une seule transaction, mais la taxe décourage les allers et retours multiples. Un aller et retour quotidien, pendant une année, engendrerait un prélèvement total de 48 %.
Ë ce taux, particulièrement bas, de 0,1 %, cette taxe rapporterait près de 100 milliards de dollars par an. Elle serait récoltée et administrée par chaque gouvernement, puis répartie entre le pays où elle est perçue et une institution internationale comme le FMI, la Banque mondiale, ou mieux, une structure sous le contrôle des Nations Unies. Cette répartition peut être modulée selon le degré de développement du pays.
La Taxe Tobin aurait plus d’un effet bénéfique : freiner la spéculation, imposer la transparence aux milieux financiers, redistribuer des richesses vers les pays moins développés, promouvoir un développement durable, transférer du pouvoir de l’économique au politique.
Certes, une telle taxe pose quelques problèmes techniques, dont ses adversaires s’empressent d’exagérer l’ampleur. Quelques propositions de réponses aux questions les plus couramment évoquées :
¥ Afin d’empêcher les délocalisations, Peter Garbey, professeur à la Brown University, suggère de taxer la transaction au lieu où le trader opère et au moyen d’un programme installé dans son ordinateur.
¥ Pour contrer les paradis fiscaux, Peter Kenen, professeur à Princeton, propose que les pays pro-tobin appliquent une taxe de 5 % aux capitaux provenants de ces paradis. Il serait également envisageable de leur interdire l’accès aux prêts internationaux.
¥ Pour éviter de taxer les opérations non spéculatives, Tobin propose de taxer la vente de devises au seul client final, et d’épargner les opérations entre banques, qui représentent le 80 % de ces ventes de devises.
¥ Dans le but de toucher les produits dérivés, Tobin propose d’imposer de 0,1 % le nominal sur lequel reposent les dérivés qui proposent une opération de change.
¥ Si la taxe est difficile à mettre en place dans un seul pays, Tobin estime « qu’il suffirait qu’une vingtaine de pays commencent, se mettent d’accord, pour que la taxe puisse prendre corps. Ensuite, [il] pense qu’accepter la taxe pourrait être une des conditions préalables au statut de membre du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. »
Ce qui prétérite le plus la taxe Tobin, c’est le manque de volonté politique. Car, à l’échelle économique de l’Europe, l’expérience serait envisageable. Les gouvernements sociaux-démocrates sont majoritaires, mais la Taxe Tobin ne semble pas être une de leurs priorités. Pas, ou plus pour certains ? Lionel Jospin, candidat, l’avait portée sur son catalogue ; il ne l’a plus évoquée depuis qu’il est premier ministre. cp

Sources :
¥ÊAttac : http ://Attac. org/
¥ÊAlter Davos, http :// attac.org/alterdavos/
¥ÊInterview de James Tobin : http :// www.lemonde.fr/actu/economie/tobin/index.htm.
Adrien de Tricornot, « Revoilà la taxe Tobin », Bilan, 1/98.

Encart
En 1970, le volume mondial des transactions quotidiennes sur le marché des changes s’élevait à 10 milliards de dollars. Il est passé à 75 milliards en 1980, à 500 milliards en 1990 et à 1800 milliards en 1997.

Attac et Internet
La remise à l’ordre du jour de la Taxe Tobin doit son succès à l’Internet, que l’association Attac (Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens) a choisi comme outil privilégié.
Ë l’origine de l’association : un appel d’Ignacio Ramonet dans le Monde diplomatique, en décembre 1997. Attac s’appuie d’abord sur des associations, puis fait très vite des émules sur tout le territoire français, hors de France Ð préfigurant et expérimentant déjà cette communauté internationale démocratique qu’elle appelle de ses vœux. Ë fin 98, Attac comptait plus de 4000 membres. En Suisse, il n’existe pas encore de groupe constitué ; une motion demandant la promotion de la Taxe Tobin a été déposée au Grand Conseil genevois le 8 septembre 1998.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/7012 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/7012

Thématiques

En relation

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP