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Notes de lecture: Ecrivons-nous en français ?

Aux éditions Zoé, un essai, Le droit de « mal écrire », explicite les relations entre les écrivains romands et leur référent en matière de littérature : Paris. L’auteur, Jérôme Meizoz, collabore à DP. Aux éditions L’åge d’Homme, un essai d’Edgar Fasel, 01 la Suisse exp(l)ose. La Suisse, attaquée de l’extérieur, nourrirait aussi des serpents en son sein : les responsables subversives de l’expo .01. Une même question : qui sommes-nous ?

Qu’est-ce au juste qu’un étranger ? Parmi ses tout premiers signes distinctifs, on reconnaît un étranger à sa langue. Or, les Suisses romands, qui parlent un langage « emprunté » aux Français doivent rendre des comptes à l’Académie française lorsqu’ils se mêlent d’écrire. Quelles stratégies ces écrivains périphériques mettent-ils en œuvre afin de mériter l’accréditation ? C’est ce que Jérôme Meizoz expose, dans Le droit de « mal écrire » ; Quand les auteurs romands déjouent le « français de Paris ».

Trois écrivains, trois stratégies

Comment le « parler romand » peut-il s’incarner dans des textes lisibles à Paris ? Meizoz l’illustre avec Rousseau, Töpffer et Ramuz : trois auteurs qui développent trois stratégies.
Rousseau travaillera à réduire l’écart entre le langage populaire genevois et le français écrit des livres. Pour lui, les vertus de l’éducation peuvent atténuer le provincialisme. Dans La Nouvelle Héloïse, Rousseau use stratégiquement du « style épistolaire » : les « fautes de langage » sont renvoyées aux auteurs des lettres, mais il attribue au langage « fautif » une authenticité originelle Ð les fautes de style se muent en vertus romanesques.
Töpffer participera au recentrage sur la Suisse alpestre : distance d’avec les référents étrangers, valorisation du « naturel » suisse. Mais, comme Rousseau, Töpffer fait parler d’autres que lui. Il obtiendra par ailleurs un timide appui de Sainte-Beuve, un brin de légitimité pour sa littérature « exotique ».
Ramuz cherchera, au-delà du dialecte, à incarner dans son écriture l’« accent » vaudois, tentative que Meizoz définit comme « une écriture moulée à la fois sur le rythme syntaxique du parler vaudois et sur la topographie du paysage lémanique ». Car Ramuz cherche à « exprimer d’une façon qui soit la nôtre et qui soit française à la fois des idées et des sentiments assez généraux pour qu’ils soient communs à toutes les époques et à tous les hommes ». Ramuz revendiquera le droit d’user de la langue, librement, en artiste. Malgré le soutien de Claudel, Ramuz doit affronter, à Paris, l’accusation de mal écrire. Un recueil, Pour ou contre C.-F. Ramuz, rendra compte de la polémique. Ramuz écrira alors une Lettre à Bernard Grasset où s’exprimera, selon les termes de Meizoz, « un méta-discours justificatif, marqué par la modestie, la confession coupable et le doute de soi » qui rend compte de « sa position de dominé dans le champ [littéraire] ».
L’auteur conclut sur le succès actuel des auteurs antillais de langue française, qui défendent des thèses proches d’un Ramuz. Si l’exotisme de ces auteurs est célébré, il doit subir également « quelques rappels à l’ordre paternalistes et chauvins ». C’est que les « modes d’esthétisation littéraire de parlers régionaux peuvent [ ?] être interprétés sans être séparés, comme ils le sont si souvent dans les études farouchement littéraires, de la conjoncture politique : ils constituent une trace éloquente des modalités de l’affirmation nationale du XVIIIe siècle au XXe siècle, ainsi que des fantasmes patriotiques qu’elles charrient. » cp

Jérôme Meizoz, Le droit de « mal écrire ». Quand les auteurs romands déjouent le « français de Paris », Zoé, 1998.

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