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Elections fédérales :Doutes de campagne

Sous l’œil des caméras, le débat se désarticule. Les protagonistes ne se répondent pas les uns aux autres comme dans une conversation. Ils émettent des petits monologues saccadés et simplistes. Etant donné que le téléspectateur risque à tout moment de zapper, les participants ne prennent pas le risque d’un propos nuancé ou d’une convergence de vue. C’est que le zappeur pourrait quitter l’orateur à l’instant où celui-ci semble faible. A la télé, chaque seconde de parole doit être exploitée pour marteler un message de base. En bon arithméticien, le politicien sait que le rendement de son intervention est égal à la valeur supposée de ses propos multipliée par le nombre de téléspectateurs. Cela donne une image complètement erronée de la politique, réduite à un combat de coqs où les adversaires ne s’écoutent plus. A cet égard, le film de Jean-Sébastien Bron, Le génie helvétique, est une antidote bienvenue.

Loin des préoccupations des gens
Les problèmes évoqués dans les campagnes électorales sont loin des préoccupations des gens. Non pas que les politiciens soient forcément déphasés, mais parce que le monde est devenu à la fois compliqué et diversifié. Dans un débat qui traite successivement de transports publics, de petite enfance, d’agriculture et d’AI, le pourcentage de personnes concernées est faible : respectivement 30%, 10%, 2% et 3%, d’après mes estimations. Bref, en écoutant les débats qui s’égarent dans des détails sectoriels, je crains que très peu de gens ne se sentent concernés. Mais il est difficile de tenir un propos général qui ne parte pas dans le vague.
Si je ne faisais pas de politique, irais-je voter ?
Pour pouvoir suivre un débat truffé d’allusions, de non-dits et de références techniques à des dossiers compliqués, il faut disposer d’un important bagage de culture politique. Or, pour le citoyen ordinaire, acquérir et entretenir ce bagage constitue une dépense d’énergie considérable. Au fond, ce dernier éprouve le sentiment que j’aurais en assistant à un congrès d’oncologie : ne rien piger. Et franchement, dans ces conditions, me hasarderais-je à donner mon opinion ?

Le confort du démagogue
Pour entraîner une colistière en vue d’un débat en italien, j’avais pris le rôle d’un candidat UDC. Quel jeu facile ! Avec un peu de créativité, on s’invente des moulins à vents pour mieux les combattre. Mais les ficelles des démagogues sont grosses, et les gens ne sont pas idiots. Malheureusement, celui qui ne simplifie pas devient inintelligible. Entre l’incompréhensible discours des gens honnêtes et les propos des démagogues, c’est la peste ou le choléra. On comprend que beaucoup d’électeurs choisissent plutôt des personnalités que des idées. C’est probablement la raison pour laquelle les spécialistes des campagnes électorales préconisent de serrer des mains. Sûrement le plus efficace. Mais soyons honnêtes, le charme d’un candidat n’est pas un critère de choix très rationnel.

Phobies
La peur semble être le maître mot de cette campagne : étranger, AVS, salaires, deuxième pilier, agriculture, paysage, emploi, criminalité, Europe, déficit, impôts. L’entier du débat électoral est squatté par les angoisses des uns et des autres. Comme si l’on ne pouvait que perdre, et rien gagner. Celui qui fédère les peurs sectorielles en une grande peur générale l’emporte ? A ce jeu, Blocher et ses sbires sont imbattables, mais la gauche a progressé ? malgré elle : face à des bourgeois qui attaquent l’AVS, les peurs apparaissent naturellement.

Un pays sans projet
Depuis le triomphe des anti-européens, ce pays n’a plus de projet collectif. De tout côté, l’attitude est défensive : on espère sauver ce que l’on a, dans une perspective complètement statique et matérielle. Mais tout s’érode, à commencer par l’économie. Les projections montrent que dans cinq ans, les Autrichiens, membres de l’UE, auront un PIB par habitant plus important que nous. Au plan moral, la sauvegarde du secret bancaire et de ses turpitudes ne sont pas une bouée de sauvetage, mais un boulet de plomb. Quant à la haine des étrangers, existante ou supposée, elle ne nous mènera pas loin. Ce qui me frappe, c’est la difficulté du monde politique, même à gauche, à exprimer un projet collectif. Peut-être faut-il que l’érosion s’accentue ? rn

Ce texte a été rédigé avant de connaître les résultats des élections.

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