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Une exigence de qualité

Après nous avoir fatigués pendant une dizaine d’années, les idéologues des privatisations et des libéralisations semblent s’épuiser. Qu’il s’agisse de la formation, du rail, de la poste ou de l’électricité, les résultats concrets de l’application de leur doctrine ne convainquent pas. Ils ont même réussi l’exploit de remettre au goût du jour l’analyse marxiste sur la privatisation des profits et la socialisation des pertes!
Il faut ici rendre hommage au combat de la gauche dite dogmatique. Sous des traits parfois vieillots, ses efforts ont permis de stopper le mouvement, nous épargnant une décrépitude à l’anglaise. Aujourd’hui, les résultats des dernières votations cantonales et communales montrent que le peuple refuse désormais les privatisations. Cette évolution s’inscrit dans un contexte mondial de relégitimation de la puissance publique.
On peut se réjouir de cette évolution, car les sociétés ont des besoins que le secteur commercial ne sait pas satisfaire : la justice et le long terme sont en effet des dimensions qui échappent au marché. Néanmoins, la prudence nous dicte de ne pas laisser se reconstituer le terrain sur lequel le néo-libéralisme s’était autrefois propagé comme un feu de brousse. Or les évolutions récentes ne sont pas très rassurantes à cet égard. L’injection de deux milliards d’argent public dans un canard boiteux du transport aérien n’est pas vraiment l’exemple à suivre : amputé du plan social, cette opération est devenue une simple subvention pour les nouveaux actionnaires de Crossair. Gageons que Blocher en sera l’unique bénéficiaire. Dans les secteurs de l’électricité ou des caisses-maladie, le retour des idéologies redonne des ailes à des bureaucraties grassouillettes que l’on espérait disparues.
Dans la fonction publique, il faudra veiller à ce que la légitime résistance syndicale au démantèlement ne se transforme pas en une opposition à toute modernisation. Le secteur de la formation est particulièrement exposé à cet égard. Dans les universités, les responsables qui jargonnaient encore récemment sur les vertus des privatisations et des
« mises en synergie » se parent aujourd’hui des plumes du service public. L’angle a changé, mais l’objectif reste le même : préserver les baronnies, échapper aux réformes pédagogiques et maintenir une gouvernance aussi archaïque que confortable. Dans l’école, on observe d’inquiétantes accointances : la défense du statut des enseignants sert parfois de prétexte à un discours réactionnaire et élitaire visant à limiter le rôle de l’école à la transmission du savoir, au détriment de la dimension éducative.
Ces indices montrent qu’il faudra demeurer intransigeant sur la qualité si l’on veut que le retour du service public soit un succès. A défaut, le retour de balancier sera rapide et brutal. RN

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