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Cinéma: Le Silence des hommes, Das Schweigen der MŠnner

Hors des embarcations disproportionnées qui encombrent les salles de cinéma naviguent pourtant de frêles esquifs. Ainsi vogue Le Silence des hommes,
de notre talentueux compatriote Clemens Klopfenstein.

«A quoi bon rentrer en Suisse ? Pour regarder la télévision, payer ses impôts, perdre les élections ? » Non. Max ne rentrera pas chez lui, malgré les conseils de son copain Polo et la nostalgie éprouvée à l’évocation d’une salade de cervelas. Il repartira sur les routes poussiéreuses de l’Égypte où l’a conduit ce road-movie helvétique.
Le film commence par une excursion à la Gemmi. Max, un comédien employé dans de « petits films suisses » et Polo, un chanteur de « swiss rokrenroll » transpirent sur les chemins caillouteux. La cinquantaine bedonnante mais aussi questionnante, les deux célibataires ne cessent de se disputer, dans un schwitzertütsch rugueux à souhait, sur le pourquoi de la vie ou sur le point de savoir si les Suédoises sont véritablement « belles mais ennuyeuses ». Max ne peut se résoudre au « bonheur helvétique bêtifiant », reprochant à Polo de ne jamais « chercher du sens ». Alors que Polo continue à fumer des joints à la maison, à se contenter de ses fans adolescents, Max s’évade et traverse l’Italie à pied. Inséparables, ils se retrouveront toutefois pour discuter caisse de pension devant les pyramides, ou ratiociner au bar d’un hôtel en bons spécimens de la gent mâle.

Klopfenstein le pirate

Si le thème de l’évasion d’une contrée submergée par l’ennui n’est pas une exception dans le cinéma suisse, Klopfenstein le traite avec un art consommé du deuxième degré, pratique justement fort difficile dans un pays qui cultive pareillement le sérieux. Il faut dire que le réalisateur s’est exilé depuis longtemps en Italie et revient de temps à autre faire un coup cinématographique dans sa patrie d’origine. Depuis ses premiers courts métrages en 1966, Klopfenstein a tourné dans deux registres différents : le film expérimental et la satire rigolarde. Dans la première catégorie, on trouve Geschichte der Nacht , de superbes prises de vue nocturnes dans différentes villes de plusieurs pays, ou Das Schlesische Tor qui arrange sur de la musique des images de Berlin, Tokyo et Hong Kong. Quant aux autres réalisations, dont la dernière, Das Schweigen der MŠnner, a été récompensée d’un premier prix au récent Festival de Soleure, elles sont le résultat des forfaits de la même bande de copains qui piratent la réalité pour leurs films fauchés. Klopfenstein traîne dans ses films son compère Max Rüdlinger depuis E nachtlang Füürland ( 1981 ), où Rüdlinger est déjà Max, un soixante-huitard désabusé perdu au milieu des manifs des plus jeunes et qui ne cherche qu’à prouver à sa copine qu’il est capable de rompre avec son quotidien morose. Ë la caméra, Klopfenstein saisit au vol les meilleures improvisations de Max, acteur touchant et talentueux qui n’a pas son pareil pour amorcer un débat existentiel en n’importe quelle circonstance. La petite équipe sait créer à tout moment des scènes dans tous les registres, souvent intégrées dans des morceaux de folklore helvétique : vœux de nouvel an du Conseil fédéral, festival du rock du Gurten, etc.
Désormais « statufié » par le Festival de Soleure et par une rétrospective à la Cinémathèque, le réalisateur saura-t-il garder son sens de la dérision ? Parions-le. Même s’il déclarait récemment rêver de faire enfin un film avec un très gros budget, en réponse au réalisateur Markus Imhof qui lui jalousait la liberté laissée par les petites productions. Jacques Mühlethaler

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