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Capitalisme: La crise boursière met les actionnaires en fuite

En deux ans, la bourse suisse a perdu 400 000 petits actionnaires directs. Est-ce à dire que le capitalisme populaire a disparu? Non, car il n’a jamais vraiment existé dans ce pays où les investisseurs institutionnels occupent la corbeille.

En 2000, le Swiss Banking Institute de l’Université de Zürich1 annonçait qu’un Suisse sur trois, soit environ 1,7 million de personnes, avait au moins une action en portefeuille. Sur la base d’une enquête analogue (environ 2000 personnes de 18 à 74 ans, interrogées en mai-juin dernier par les enquêteurs téléphoniques de l’Institut Link), le même Institut établit que la proportion d’actionnaires dans la population n’est plus que de 23.5%; cela fait moins d’un quart, soit 1 266 000 détenteurs.
En deux ans, beaucoup se sont donc découragés. Et pour cause. Principal indicateur des affaires boursières, le Swiss Market Index (SMI), qui rassemble les vingt-sept principales valeurs cotées dans le pays, a perdu plusieurs milliers de points, pour se situer actuellement autour de la barre des 5 000, allégrement franchie vers le haut en 1997, très momentanément retrouvée l’année suivante et largement survolée depuis lors jusqu’à cet été. Or, l’on observe une fidèle corrélation entre le nombre d’actionnaires et l’évolution du SMI, qui plafonnait entre 1500 et 2000 points dans les années 1988-1993 pour dépasser par deux fois la pointe des 8 000 points en 1998 et 2000.
Ceux qui ont été attirés par les gains rapides obtenus dans la seconde moitié des années nonante ont probablement retiré leur mise sans plus attendre. Last in, first out. Les autres tendent le dos, se disent que cela ne peut pas durer au-delà du ixième trimestre à venir, invoquent vaillamment leur responsabilité d’investisseurs. N’empêche: eux aussi ont réduit leurs engagements en actions, pour leur préférer des fonds de placement de plus en plus diversifiés (y compris dans l’éthiquement correct) ou des obligations de tout repos, – quand ils ne se sont pas mis en position d’attente sur les marchés monétaires.
Et parmi ceux qui restent fidèles aux actions, dont l’accès a été rendu plus facile ces dernières années par le splitting de la valeur nominale (titres à dix francs) et la généralisation des titres au porteur (au détriment des bons de jouissance, des actions privilégiées et nominatives), les valeurs sûres dominent de plus en plus nettement: trois quarts des porteurs détiennent des blue chips, des titres solides de sociétés bien établies, suisses comme il convient.
Même dans notre pays toutefois, la confiance est ébranlée, comme on le devine au travers d’un classement significatif établi par les personnes interrogées pour le compte du SBI. En 2000, elles considéraient le nombre des fusions et acquisitions opérées par une société comme le facteur principal de valorisation boursière. Deux ans plus tard, elles relèguent ce facteur en sixième position, occupée alors par la qualité du management, désormais considérée comme primordiale. Cette interversion, d’ailleurs juste, correspond à une correction des critères d’appréciation d’une société; la valeur d’une entreprise se mesure en définitive à celle de ses dirigeants et cadres supérieurs. Si leur préoccupation primordiale, voire exclusive, cesse d’être le développement de l’entreprise, pire si elle devient leur enrichissement personnel, on doit craindre le pire. C’est aussi vrai en économie que pour tout projet politique. MM. Barnevick, Huppi, Schlapowski et consorts sont là pour le démontrer.
Réalisée dans l’ensemble de la Suisse auprès d’un échantillon représentatif dont les résultats publiés ne donnent pas la composition régionale, l’enquête 2002 du SBI confirme que si le capitalisme n’a jamais été vraiment populaire en Suisse comme il l’est en Suède ou en Amérique du Nord, il demeure essentiellement alémanique. Outre Sarine, la proportion d’actionnaires, qui s’établit à 25.3% (32.4% en 2000), reste beaucoup plus élevée qu’en Suisse romande, où elle atteint 13.6% (23.1%) et au Tessin, avec 12.8% (18.1%).
Cette différence, persistante et avérée, peut s’interpréter de deux manières: ou bien les Latins ont mieux résisté aux incitations, très appuyées dans la presse des années nonante, à prélever leur part de la chère shareholder value (valeur actionnariale); ou bien, moins proches du business et des lobbies, si forts outre-Sarine, ces mêmes Latins s’absentent volontiers des mécanismes et coulisses du pouvoir économique et de la haute finance. A moins qu’ils n’en soient tenus à l’écart. Encore un sujet de préoccupation pour les anxieux de la cohésion nationale. yj

1www.isb.unizh.ch

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