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Confédération hélvétique: Le PACS fédéral

Voilà des siècles que les Confédérés cohabitent, unis par une sorte de Pacte civil (et militaire) de solidarité, par-dessus les frontières intérieures, linguistiques
et culturelles. Or, depuis les années 80, il y aurait un fossé entre Suisses alémaniques et romands. Enquête sur une union libre, durablement consentie.

Nom, prénom : Büchi Christophe
Lieux et circonstances de vie :
Naissance (1952) et premières classes à Fribourg.
Ecole secondaire et gymnase à Gossau SG.
Etudes aux universités de Fribourg
et Lausanne.
Habite dans la région lausannoise
depuis vingt-cinq ans.
Travaille comme correspondant en Suisse romande de divers grands journaux
alémaniques depuis vingt ans.
Epouse d’origine neuchâteloise,
trois enfants scolarisés en français.

Tel est le parcours de celui qui s’appelle lui-même un « pendulaire culturel » entre les domaines alémanique et francophone, un « röstigrabenologue quasi professionnel ».
Du Röstigraben, du mot comme de la chose, Christophe Büchi sait tout, par sa vie et son travail. Par son œuvre aussi désormais. Vient en effet de paraître aux éditions de la NZZ, avant de sortir l’an prochain en traduction française chez Zoé, une sobre et passionnante somme intitulée « Röstigraben » Les relations entre la Suisse alémanique et française Ð Histoire et perspective.
Au fil des éditoriaux et des discours inquiets pour la cohésion nationale, au fur et à mesure des votations fédérales mettant en évidence des différences de comportement politique des deux côtés de la Sarine, Christophe Büchi s’énerve de plus en plus : vrai ou faux problème, ce fossé des patates rôties ?
A moult reprises, il tente de répondre à la question, donnant suite à diverses commandes. Il écrit des articles toujours nuancés et consistants malgré leur nécessaire brièveté. De quoi calmer les poussées de mauvaise conscience qui saisissent périodiquement les rédactions alémaniques, préoccupées par les reproches et les peurs de « nos amis welsches ». Mais ces exercices successifs n’ont pas de quoi satisfaire l’enquêteur-de-fond exigeant qu’est Christophe Büchi.
Finalement, à la faveur d’une pause sabbatique autoconsentie, il pousse ses recherches. Il parcourt le fossé dans toute sa longueur, mesure sa largeur, estime sa profondeur. Et découvre que son creusement est récent, très récent. De fait, le mot Röstigraben apparaît il y a une petite génération. Désigne-t-il une réalité ? Celle-ci est-elle nouvelle ?

Sur les tensions politiques

Pour en avoir le cœur net, Christophe Büchi remonte l’histoire suisse jusqu’à ses débuts quasiment légendaires. Rien à dire sur le bilinguisme avant l’adhésion de Fribourg i.U. au « Bund » (1481) et l’expansion politico-religieuse bernoise au siècle suivant. Certes, on « jassait » de longue date dans la future ville fédérale avec des cartes françaises, mais les jeux sont traditionnellement sans frontières.
De tout temps zone intermédiaire entre la France et l’Alémanie, le Welschland n’a commencé à parler le « françois de France » qu’au 18e siècle, qui a vu le début de la fin des patois. La Romandie a donc tardivement pris conscience de son existence propre Ð au point d’ailleurs qu’elle n’a, heureusement, toujours pas d’identité malgré les vains combats de l’ère Roland Béguelin-Clovis Lugon.
Disons-le franchement : les choses ne se sont pas trop mal passées jusqu’à la naissance de l’Etat moderne. Dès après 1848, les disputes ont commencé entre Suisses alémaniques et romands, auxquelles on a tenté de mettre la sourdine dans l’entre deux Guerres, histoire peut-être de faire oublier les dérapages de certains germanophiles, le général Wille en tête.
Et puis, la paix revenue en 1945, les trente Glorieuses passées, les tensions politiques se sont trouvées avivées par les disparités socio-économiques entre les régions linguistiques. Et voilà que s’entrouvre le « Röstigraben », documenté par d’indéniables différences de mentalités et de sensibilités, dûment creusé par les comportements inadéquats de part et d’autre de la Sarine : complexe de supériorité et continuel manque d’écoute d’un côté, complexe d’infériorité et peurs largement infondées de l’autre.
C’est bien sûr avec davantage de finesse que Christophe Büchi analyse les raisons et déraisons du fossé. Mais il ne les prend pas trop au tragique, tout en affirmant que l’on ne saurait se contenter d’un « soft apartheid ». Comparant tout au long de son livre l’histoire de la Confédération avec celle d’un mariage par consentement mutuel, il tend à considérer les tensions récurrentes entre confédérés comme les crises inhérentes à toute vie conjugale : le plus souvent sans conséquences, parfois même salutaires et clarifiantes.
Au fond, le lien confédéral reste étonnamment solide, parce qu’assez souple, fédéralisme oblige. Et plutôt qu’à celui du mariage, ce lien ressemble à l’union libre, consacrée par un PACS qui va bien tenir encore quelques siècles, Europe ou pas. yj

Christophe Büchi, « Röstigraben », Das VerhŠltnis zwischen deutscher und französicher Schweiz Ð Geschichte und Perspektiven, Zürich, NZZ Verlag, 2000.

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