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Monde économique: Les dégâts du turbo-capitalisme

Il y a une vingtaine d’années, la droite réclamait « moins d’Etat ». Aujourd’hui,
les néo-libéraux les plus radicaux ne veulent « plus d’Etat du tout ». Et ne vont pas tarder à l’avouer tout haut.

Les plus impatients l’avouent en privé : vivement qu’on en finisse avec ces organisations internationales qui se prennent pour les polices du commerce mondial, avec ces gouvernements mal inspirés qui s’épuisent à contrôler leurs économies, avec ces syndicats de travailleurs qui défendent des situations et des structures également dépassées.
En clair : les personnes, physiques et morales, qui ont l’envie d’investir et les moyens de le faire doivent enfin pouvoir agir et entreprendre, vite et sans que tout un appareil de lois, contrats et conventions vienne freiner leurs élans.

L’échelle du penseur

Cette liberté débridée, censée créer une économie vraiment dynamique et de nouvelles richesses en masse sinon pour tous, Edward N. Luttwak la nomme turbo-capitalisme. Jolie expression pour un contenu terrifiant, dont l’auteur ne dénonce qu’une partie : il en veut au turbo, au rythme, au côté fonceur, parce qu’il « croit sans restrictions aux vertus du capitalisme » et le répète avec insistance dans son dernier ouvrage traduit en français (*).
M. Luttwak est chercheur au Centre d’études stratégiques et internationales de Washington. Donc habitué à penser à grande échelle dans le temps à venir et l’espace planétaire. Il sait que le turbo-capitalisme, dont la globalisation en cours nous donne un avant-goût déjà fort amer, va encore s’épanouir, puis passer à son tour. Comme ont passé tous les excès. En laissant derrière eux moult effets manifestement malencontreux ou insidieusesment pervers.
Intimement convaincu de la supériorité du capitalisme sur tout autre système, du « débilitant socialisme bureaucratique aux grotesques échecs des nationalismes économiques », E. N. Luttwak le voudrait appliqué dans sa pureté, sans dérives ni exagérations. Il ne prend pas le temps de décrire ce régime idéal mais ne met pas en doute la possibilité de l’instaurer.
Il s’attarde en revanche sur les dégâts du turbo-capitalisme et sur le grand dilemme qui en résulte. Il n’a rien contre la mondialisation, il veut que les économies nationales soient libres, il admet que les sociétés aient la maximisation du profit pour unique finalité. Mais il ne peut manquer d’observer que le turbo-capitalisme, sous prétexte de les dynamiser, dénature les institutions dont il améliore effectivement les résultats économiques. Il sait bien qu’on ne peut impunément transformer en centre de profit un hôpital universitaire, une prison, une haute école, une maison d’édition, une saison théâtrale, une compétition sportive populaire (le marathon, un cas d’école).
En socialiste qui s’ignore totalement, M. Luttwak reconnaît que si la production compte, la distribution peut seule la valoriser, en évitant le gaspillage, social et culturel notamment ; que plus la première est libre, plus la deuxième doit être juste. Si la capacité d’investir se concentre sur les meilleurs placements et s’épuise avec les objets les plus rentables, qui financera les activités qui ne rapportent pas autant, pas du tout ? Et si les richesses créées à force d’efficience restent en main de ceux qui les ont générées, comment assurer la nécessaire répartition d’une production largement collective ? Même si ces questions restent sans réponse, le turbo-capitalisme passera. Mais sur combien de corps ? yj

(*) Edward N. Luttwak, Le turbo-capitalisme. Les gagnants et les perdants de l’économie globale, Editions Odile Jacob, Paris, 1999.

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