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Sécurité sociale: Le coût des coupes

Les programmes d’économies sur les prestations sociales engendrent des coûts. Une étude finlandaise en propose l’analyse.

Constat banal : toute personne privée d’une prestation sociale tend à compenser cette perte dans toute la mesure du possible. Loi universelle : toute économie sur un régime social engendre une dépense supplémentaire et/ou une moindre recette pour la collectivité.
Le phénomène est facilement observable en ces temps de budgets austères, de programmes d’économies, de plans de désendettement public, d’opérations soi-disant blanches. Obsédées par la recherche pathétique d’un équilibre érigé en mythe, les autorités multiplient les déplacements de charges, par exemple de tel régime d’assurance (chômage) vers un autre (invalidité) ou vers l’assistance sociale, quand ce n’est pas vers la charité privée, sous sa forme contemporaine de l’humanitaire sponsorisé.
Si la mécanique est bien connue et sa vanité souvent dénoncée, la démonstration chiffrée en reste à faire dans sa globalité. Ë notre connaissance, les Finlandais ont ouvert la voie, en tentant d’évaluer la totalité des coûts sociaux et humains engendrés par les coupures budgétaires successives depuis l’automne 1992. Pour ce faire, les collaborateurs du Centre national de recherche et développement en matière de sécurité sociale et de santé (SKATES) ont procédé à diverses approches, analysant les effets de la réduction de certaines lignes budgétaires sur les revenus des ayants droit, sur leurs budgets familiaux et leurs modèles de consommation, enfin sur les formes d’aides directes, non financées par les collectivités finlandaises.

Débureaucratisation

Les constats sont multiples, intéressants même s’ils ne sont pas directement transposables. On relève tout d’abord qu’aux développements extrêmes du système social dans les années quatre-vingt ont succédé pendant la crise de la présente décennie Ð en Finlande probablement plus violente qu’ailleurs Ð une vague de déréglementations et une furie de débureaucratisation également extrêmes. Au point que le mouvement s’est poursuivi, voire accentué, avec le changement de gouvernement en 1995, qui a vu le remplacement de l’alliance du Centre et de la Coalition nationale (conservatrice) par l’entente « Arc-en-ciel » des sociaux-démocrates et des conservateurs. Au total, en l’an 2000, la sécurité sociale finlandaise coûtera 18,5 milliards de marks ou 8,5 % de moins que si les économies réalisées principalement dans les années 1992 à 1996 n’avaient pas eu lieu.
Malgré ces réductions et en raison de la crise, les ménages ont vu fortement s’accroître leur dépendance par rapport à l’État, puisque leurs revenus résultant de transferts ont passé en quelques années d’un cinquième à un tiers de leur budget. En termes réels, les revenus des ménages de salariés ont diminué d’environ 4 % du fait des coupes, tandis que ceux des personnes au chômage ou malades subissaient selon les cas une réduction de 12 à 17 % de leurs recettes.

Tout le monde s’est appauvri

Les chercheurs ont fait deux constats inattendus. Tant la structure des dépenses de consommation que celle des revenus ont évolué parallèlement dans les différentes catégories de la population, indépendamment de leur capacité financière respective. En clair, les ménages les moins favorisés n’ont pas fondamentalement changé leurs schémas de consommation, tandis que les écarts entre leur situation et celle des ménages les mieux lotis ne se sont pas creusés.
C’est que tout le monde s’est appauvri, tout simplement. Et dans des proportions analogues. Les coupes budgétaires n’ont pas précipité tout le monde au-dessous du seuil de pauvreté, mais « seulement » les personnes qui, en raison de leur situation, dépendent dans une large mesure du réseau d’entraide sociale : familles monoparentales, personnes au chômage ou en incapacité de travail pour cause de maladie.
Dans ces trois catégories se retrouvent celles et ceux que l’État social finlandais ne suffit plus à nourrir. Dès son entrée dans l’UE en 1995, la Finlande a pu bénéficier de la remise de surplus agricoles et alimentaires dits « de Bruxelles », répartis à l’intérieur du pays grâce à un réseau de plus de cinq cents points de distribution tenus par des associations bénévoles. De manière générale, ces dernières assurent désormais une part importante des tâches d’assistance auparavant assumées par les services sociaux des administrations publiques, eux aussi victimes des coupes.
La boucle est bouclée. L’État finlandais ne se contente pas d’opérer le transfert de ses charges entre les différents régimes composant le système de la sécurité sociale, mais il les reporte également dans toute la mesure du possible pour lui Ð sinon du supportable pour les tiers Ð sur les bénéficiaires de prestations, sur les associations privées et sur les institutions européennes. Internationalisation oblige, les effets des coupes ne s’arrêtent pas aux frontières du pays. yj

Matti HeikkilŠ & Hannu Uusitalo, The Cost of Cuts Ð Studies on cutbacks in social security and their effects in the Finland of the 1990s, Helsinki, STAKES, 1997.

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