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Catastrophe d’Uberlingen : La Suisse en quête de sentiments

Près de deux ans se sont écoulés depuis la catastrophe d’Uberlingen. Le rapport d’enquête vient d’être publié. Il met en évidence les responsabilités de Skyguide. Le Conseil fédéral s’est excusé dans une lettre à Vladimir Poutine et le directeur de la société de contrôle aérien, Alain Rossier, a «demandé pardon» aux familles des victimes.
Ces gestes interviennent tard, très tard, après le meurtre du contrôleur mis en cause et un refroidissement de nos relations avec la Russie. La politique suisse a toujours privilégié le rationnel, le juridique ; les Helvètes veulent des responsabilités établies, des négociations chiffrées, des actions précises, mais la part de symbolique propre à toute action politique est généralement occultée.

Pas de mise en scène
C’est là une caractéristique très profonde de la démocratie suisse. Le pouvoir ne se met pas en scène : pas de pompe, d’apparat, de cérémonial impressionnant. Les prestations de serment font l’objet d’un protocole plus aimable qu’intimidant. Le pays est petit, les élus se veulent et sont généralement proches du peuple.
Les habitants sont méfiants face à l’image des autorités : tout ce qui apparaîtrait comme mise en scène du pouvoir serait aussitôt décortiquée et vilipendée. Dans notre démocratie sans chichis, le citoyen se demanderait aussitôt combien ça coûte. Les autorités suisses feraient le désespoir des conseillers en communication. Pas de spin doctor pour indiquer à nos conseillers fédéraux l’art de l’image significative et de la petite phrase bien placée dans les journaux télévisés.
Cette attitude honnête, rigoriste, presque puritaine ou janséniste, est bien sûr une force inestimable pour le pays, mais elle est totalement en porte-à-faux dans une civilisation de l’image où le paraître, le symbole visible, devient essentiel. Lorsque Donald Rumsfeld fait un aller et retour pour la prison d’Abou-Ghraîb, personne n’imagine une seconde qu’il a besoin de cette visite pour se faire une opinion. Il s’agit seulement de montrer qu’il s’occupe du problème. On peut en rire, bien sûr, mais il se trouve que l’on ne peut plus se passer d’actions symboliques.
Dans l’affaire d’Uberlingen, le Conseil fédéral ne l’a absolument pas compris. Il fallait réagir immédiatement, produire des images, des mots de compassion, de regrets, de l’empathie et ne pas se retrancher simplement derrière une commission d’enquête. Espérons simplement qu’à la prochaine occasion, et malheureusement les catastrophes sont inévitables, notre gouvernement sache forcer sa nature ? qui est d’ailleurs aussi la nôtre.

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