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Anglicismes : Nous sommes tous onshore

Nous avons souvent fait preuve d’ironie au sujet de la ridicule terminologie pseudo-américaine qui envahit les publicités. Mais parfois les glissements de sens sont plus subtils et ne se révèlent pas forcément négatifs, loin de là. Ainsi la fortune récente du mot «agenda» dans la sphère politique. En français, un agenda est un calendrier ou plutôt un échéancier. En américain, le mot agenda est souvent utilisé en équivalent de programme politique, non pas avec le sens abstrait d’un projet de société dans le grand style de la gauche européenne, mais plutôt d’actions à réaliser, de dossiers à saisir.
Depuis quelque temps ce sens dérivé est de plus en plus utilisé par la presse francophone dans des phrases comme : «le problème des retraites est prioritaire dans l’agenda du gouvernement» ou «la question de l’Europe n’est plus à l’ordre du jour de l’agenda politique». Naturellement le point de départ de cet usage vient sans doute du fameux «Agenda 21», qui est en fait un programme pour l’environnement au xxie siècle.
Ce nouveau sens d’agenda, pas substantiellement différent de l’ancien d’ailleurs, introduit une finesse supplémentaire dans la vie politique. La notion de programme avait perdu toute crédibilité – demain on rase gratis. Par contre, indiquer que la production de rasoirs à bas prix sera dans l’agenda du parti s’il parvient au pouvoir permet d’introduire une nuance de pragmatisme en passant de l’objectif à atteindre au problème à résoudre.

Les déboires des traductions littérales
Si cette nouvelle polysémie de l’agenda représente un apport bienvenu, que dire de «domestique» ? Aux États-Unis, on le sait, un vol domestic, comme il est indiqué dans les aéroports, est un vol intérieur, national. Une traduction littérale de ce terme est en train de nous envahir et, pour ne rien arranger, elle est présentée comme parfaitement française. Le chef d’œuvre absolu et indépassable a été atteint lundi 10 février par 24 heures dans un entretien avec le responsable de la gestion de fortune de la Banque Cantonale Vaudoise.
A une question sur la clientèle cible, voici les premiers mots de la réponse publiée par le grand quotidien vaudois : «Le onshore suisse (n.d.l.r. clientèle domestique)» On ne m’avait encore jamais traité de onshore jusque là, mais pour ceux qui n’avaient pas compris, 24 heures précise qu’il s’agit de cette fameuse domesticité, à croire que les adjectifs suisse, nationale, résidente, locale ou que sais je encore, sont définitivement obsolètes. Je propose que le retour au sens premier de l’adjectif domestique soit inscrit à l’agenda politique des partis onshore.

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