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Esprit d’entreprise : Alinghi, Piccard et la culture suisse

Le voilier suisse Alinghi remporte le trophée Louis
Vuitton et devient le challenger officiel de la coupe de l’America.
Suisse vraiment ? Le projet est lancé et financé, sur sa fortune
personnelle, par Ernesto Bertarelli, patron genevois d’Ares Serono. Les
commanditaires associés, banquier et horloger pour l’essentiel, sont
helvètes eux aussi, tout comme l’organisation. Les études mathématiques
sur le comportement du bateau ont été conduites à l’École polytechnique
fédérale de Lausanne et les deux voiliers construits en Suisse non loin
du Léman. Par contre, L’architecte naval, Rolf Vrolijk est néerlandais,
l’équipage vient de partout, mais avec un noyau dur de Néo-Zélandais et
fort peu d’Helvètes.
Le 20 mars 1999, le psychiatre lausannois
Bertrand Piccard boucle le premier tour du monde en ballon à bord du
Breitling Orbiter 3. L’organisation et le financement sont helvétiques
et proviennent également de l’horlogerie, mais les routeurs météo,
essentiels à la réussite de l’entreprise sont belges, le coéquipier,
son alter ego Brian Jones est britannique tout comme le ballon,
fabriqué à Bristol en Angleterre.
Un navigateur né au bord du Léman,
dans la petite ville vaudoise de St-Prex, Bernard Stamm, ancien
bûcheron, est actuellement en tête de l’Around alone, le tour du monde
à la voile en solitaire. Mais il s’est d’abord installé en Bretagne,
s’est battu pour trouver des soutiens locaux pour construire son propre
bateau, chercher un commanditaire français et obtenir ensuite une
reconnaissance tardive dans son pays d’origine. Un autre marin
lémanique, Stève Ravussin, longtemps en tête de la dernière Route du
Rhum sur son voilier français, a chaviré alors que tout le monde le
donnait gagnant.
L’astronaute suisse Claude Nicollier, né à
La-Tour-de-Peilz, toujours au bord du Léman, seul européen à avoir volé
quatre fois dans l’espace à bord de la navette spatiale américaine peut
figurer sur cette même liste de passionnés loin d’être exhaustive. Elle
pourrait être complétée par un certain nombre d’alpinistes et de
marins. Ce petit coin de terre entre lac, alpes et Jura abrite une
concentration sans doute unique d’aventuriers de tous poils et de
coureurs d’horizons, situation au fond pas si étrange que cela.

La réussite cosmopolite
C’est
que le cosmopolitisme constitue une dimension aussi importante que
cachée du sentiment d’être citoyen de la Confédération, donc de la
culture suisse. Depuis toujours les Helvètes ont dû partir hors de leur
territoire montagneux. Les maçons-architectes du Tessin ont construit
St-Pétersbourg et les mercenaires ont servi dans toutes les armées
d’Europe en se faisant parfois massacrer comme aux Tuileries. La garde
suisse du Vatican est une survivance de cette épopée et la présence des
entreprises suisses sur tous les continents n’en est finalement qu’un
prolongement contemporain.

Le succès par la cohabitation
Contrairement
aux firmes françaises ou allemandes dont les organes dirigeants sont
avant tout composés de nationaux, malgré quelques exceptions dont la
plus notable est celle du Gallois Lindsay Owen-Jones à la tête de
L’Oréal, les équipes dirigeantes des grandes compagnies helvétiques
sont totalement internationales. Les Suisses, sans doute en raison de
la cohabitation de plusieurs langues dans leur pays, savent faire
travailler et intégrer des gens de partout dans leurs projets. C’est
même la plupart du temps une des conditions du succès des entreprises
helvètes. Ernesto Bertarelli n’aurait pu réussir avec Alinghi sans
l’habileté des marins des antipodes, pas plus que Bertrand Piccard
n’aurait réalisé le tour du monde en ballon sans le savoir-faire
britannique ou Bernard Stamm et Stève Ravussin multiplier les exploits
dans la course au large sans les compétences françaises.
Ajoutons
que le tissu économique de la Suisse romande est totalement orienté
vers l’économie mondiale. Pour la banque genevoise, l’horlogerie
jurassienne ou l’édition lausannoise, le terrain de jeu s’étend à toute
la planète. Les ressources financières pour alimenter des aventures un
peu étranges, mais dont on parlera en Amérique, en Nouvelle-Zélande ou
en Chine, existent, même si elles ne sont pas forcément aisées à
mobiliser. Il est vrai que ces hommes aux semelles de vent sont presque
tous issus de la Suisse romande et des bords du Léman. Les Alémaniques
sont moins présents dans les défis gratuits, mais leurs entreprises
sont partout. Pour les natifs d’un petit pays entouré de montagnes, la
tentation est forte de regarder très loin au-delà de l’horizon.
Il
peut sembler paradoxal que des individus capables de se projeter
pareillement au loin proviennent d’un pays à ce point frileux face à la
construction européenne. En réalité, la majorité des citadins suisses a
toujours montré sa volonté d’ouverture, et les Romands ont parfois
manifesté un enthousiasme naïf face à l’Europe. Mais notre petit pays
fédéraliste et compliqué a aussi l’impression que l’Europe le corsète
de ses règlements et que l’ouverture est ailleurs, plus loin, vers la
baie d’Auckland. Vouloir être admiré de New-York à Sydney, c’est bien,
être un peu plus solidaire des voisins, ce ne serait pas mal non plus.

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