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Note de lecture: L’apprentissage, encore et toujours

A travers Le Rapport social 2000, on peut voir l’évolution de la formation ces vingt dernières années en Suisse, en particulier celle des femmes.

Le rapport social 2000 fournit une série de chiffres et de graphiques passionnants pour suivre l’évolution du pays depuis une vingtaine d’années. Prenons pour commencer l’amélioration de la formation scolaire.
De 1980 à 1997, le pourcentage de jeunes gens de vingt ans sans formation autre que la scolarité obligatoire est passée de 14 à 8 %, mais le chiffre le plus bas, 7 %, a été atteint en 1989. La remontée observée est due à l’arrivée de nombreux très jeunes étrangers. Chez les femmes, l’évolution est parallèle. On passe de 34 % en 1980 à 17 % en 1997, mais en 1988, le chiffre observé était de 16 %. Depuis dix ans, l’écart entre les sexes est resté le même : il y a en gros deux fois plus de filles que de garçons qui ne vont pas au-delà de la scolarité obligatoire.

L’arrivée des jeunes migrants

Ce résultat ne remet pas en cause l’idée communément admise de la meilleure réussite scolaire des femmes. Une part très importante de cette population sans formation est composée de migrants arrivés très jeunes en Suisse. Mais depuis dix ans, l’étiage est atteint. Il n’y a plus de diminution du pourcentage de ces jeunes sans formation. Ce rapport social ne fait pas d’hypothèses sur cette stabilité. Y a-t-il un minimum incompressible, une frange de la population rebelle à toute formation quelle que soit la méthode ? Ou faut-il incriminer les arrivées nombreuses d’adolescents étrangers fuyant les conflits armés, phénomène nouveau des années nonante ? D’autres questions peuvent se poser d’ailleurs. Qu’en est-il des répercussions sur l’emploi si l’on fait l’hypothèse qu’une part fixe de chaque classe d’âge échappe à toute formation ? Si une réflexion prospective existe sur ce thème, elle est bien dissimulée !

L’apprentissage résiste bien

L’emploi, justement, voilà qui permet de passer aux chiffres concernant la formation professionnelle ou plus exactement les apprentissages. Chez les hommes la stabilité est étonnante. En 1980, 74 % des jeunes de vingt ans avaient suivi un apprentissage. Il est même monté à 78 % à la fin des années quatre-vingt avant de retomber à 74%, soit le même chiffre que près de vingt ans auparavant en 1997. La situation est complètement différente chez les femmes : celles de vingt ans étaient 54 % à posséder un CFC en 1980. Ce chiffre est monté à 67 % à dix ans plus tard avant de redescendre à
59 % en 1997.
En réalité les jeunes filles ont été aspirées par le haut, vers les études supérieures et se sont détourné des apprentissages. Cette diminution correspond d’ailleurs aux évolutions des principales professions féminines. L’informatique a fait chuter le nombre de secrétaires et la généralisation des grandes surfaces et autres réducteurs de prix a limité le nombre des vendeuses qualifiées. Mais le modèle suisse de l’apprentissage souvent vu, pas entièrement à tort, comme le socle même de la réussite économique du pays, résiste donc étonnamment bien.

Les femmes et la formation

Dans les formations secondaires, et au-delà bien sûr, la part des jeunes filles a explosé. Mais ce phénomène est bien connu. En fait, de 1980 à 1990 la part de la population ayant suivi une formation secondaire est restée stable et identique pour chaque sexe : environ 15 % de chaque cohorte. L’écart se creuse dès 1990. Si la part des jeunes gens atteint 18 % pour les garçons, elle se monte à
23 % pour les filles et ce pourcentage ne cesse de monter alors qu’il reste stable chez les hommes. Le développement croissant des professions de la santé et de l’enseignement crée un « appel d’air » dans lequel s’engouffrent les jeunes femmes.
Une autre donnée intéressante est celle de la répartition de la formation par tranche d’âge. Bien sûr ce n’est pas une surprise d’apprendre que les personnes les plus âgées sont les moins bien formées. Les statistiques présentées par ce rapport social manquent malheureusement de finesse, mais parmi les retraitées, la moitié des femmes n’ont accompli que la scolarité obligatoire contre à peine plus de 20 % pour les hommes.
En fait ces proportions sont très basses en comparaisons internationales. Dans les pays développés, la part des retraités sans formation de base avoisine 40 à 50 % chez les hommes alors qu’elle est un peu plus élevée qu’en Suisse chez les femmes. La qualité de l’apprentissage professionnel était un atout décisif pour la Suisse, une condition-cadre comme on ne disait pas encore à l’époque absolument décisive. Dans cette perspective, l’extraordinaire résistance du modèle de l’apprentissage, malgré les changements considérables de l’environnement économique inquiète quelque peu. Cette formule a formidablement bien fonctionné pendant une centaine d’années. A-t-elle encore un avenir ? Nous ne prendrions pas les paris. jg

Rapport social 2000, Fonds national de la recherche scientifique, éd. Seismo, Zurich, 2001.

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