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Football suisse: Un miroir de l’économie romande

Les équipes de foot romandes sont propriété d’entrepreneurs étrangers, inconnus sous nos contrées. Explications, commentaire.

Le football reflète-t-il l’économie d’une ville ou d’une région ? On pourrait le penser en faisant le point sur la situation des clubs de ligue nationale A de Suisse romande. Depuis une trentaine d’années, quatre équipes tiennent la vedette dans notre coin de pays : Servette, Lausanne, Xamax et Sion.
Pendant longtemps le club genevois a été financé par de flamboyants avocats et hommes d’affaires de la place, en signe de prestige et de réussite sociale. Les coûts de fonctionnement d’une équipe devenant de plus en plus élevés, un homme d’affaire français, établi de longue date à Genève, aussi discret que riche, Paul-Annick Weiller, prit le relais. ågé et malade, aujourd’hui décédé, il négocia la reprise du club par Canal+ en 1997.
Aujourd’hui la chaîne privée française cherche à se dégager. Elle a cédé la moitié du capital à Jean-Claude Piguet, un gestionnaire de fortune qui ne fait pas partie de l’establishment genevois et qui est considéré avec quelque suspicion.

Le long règne des potentats locaux

Pendant longtemps, les ressources de Lausanne Sports provinrent de petits entrepreneurs locaux : un monde d’agents immobiliers, de garagistes et de cafetiers, là aussi vite débordé par l’escalade des coûts. Puis le club a été racheté par Jean-François Kurz, banquier, devenu depuis député libéral de Nyon. Voici deux ans, il a passé les rênes à Waldemar Kita, industriel français d’Annecy et aujourd’hui principal financier du club.
A Sion, après le règne de Fernand Luisier, tout puissant patron du Nouvelliste et l’ère Constantin, promoteur extraverti et imaginatif dont les affaires se sont effondrées, un homme d’affaire camerounais, pratiquement toujours absent, selon la presse quotidienne, a repris les rênes du club.
Xamax est le moins bien loti. Sans argent, avec des fins de mois difficiles et des professionnels impayés, le club neuchâtelois est loin des années fastes, quand il était quasiment la propriété de Gilbert Facchinetti, l’empereur des travaux publics du canton.

Serait-ce un vieux rêve d’enfant ?

Il est une question à laquelle personne ne parvient à répondre. Que viennent donc faire ces étrangers dans le football suisse ? Le financement d’une équipe suppose une relation émotionnelle forte ou alors un intérêt évident en termes de marketing. Pour Canal+, qui aurait perdu dix-huit millions en trois ans au Servette, le marché romand représente peu d’intérêt. La chaîne cryptée est venue tardivement en Suisse. Le nombre d’abonnés y est faible et il n’existe pas d’émissions spécifiques. A Lausanne, Waldemar Kita n’a jamais vraiment réussi à expliquer aux médias, qui n’ont pas fait preuve il est vrai d’une très grande curiosité, pour quelles raisons il est venu investir ou plutôt perdre son argent dans une ville avec laquelle il n’a aucune attache particulière. Nous pourrions en dire autant de Gilbert Kadji à Sion.
On ne peut parler d’évasion fiscale ou de refuge de capitaux, puisque chacun sait qu’en Suisse le football coûte cher et ne rapporte rien. Équilibrer les comptes tient déjà du miracle. L’hypothèse la plus naïve, celle du rêve de gosse que l’on concrétise en se payant un club comme d’autres s’achètent une Porsche à crédit, reste finalement assez crédible. Mais pourquoi en Suisse… Mystère, sauf peut-être pour Canal+ à Genève. Paul-Annick Weiller était aussi un gros actionnaire de la chaîne des Guignols. Il est possible que toute l’opération résulte d’un règlement de compte, au sens strict de l’expression cette fois, entre les partenaires concernés. Mais ces choses là ne sont jamais dites en public. Le supporter moyen est laissé dans l’ignorance la plus totale !

Capitaux étrangers

La Suisse romande est une contrée riche. Les multinationales, les banquiers, les horlogers et les entreprises à succès ne manquent pas. Or, elles sont totalement absentes des clubs de football professionnels. C’est ici que les caractéristiques de l’économie régionale prennent tout leur sens. Nos entreprises sont orientées sur le marché mondial et plutôt haut de gamme. Il est intéressant pour Breitling de financer le ballon de Jacques Piccard et de se faire connaître dans le monde entier. Sandro Bertarelli, en investissant plusieurs dizaines de millions dans la prochaine coupe de l’America peut faire rayonner le nom d’Ares Serono à travers la planète. Dépenser de l’argent dans des clubs de football locaux ne présente aucun intérêt pour eux, et ce sport populaire par excellence n’attire guère le monde tout de même élitaire de la « nouvelle économie ».
Les deux plus belles réussites du football romand ces trente dernières années, celles de Xamax dans les années huitante et du FC Sion dans les années nonante, ont été obtenues alors que ces clubs étaient dirigés par des hommes, Fernand Luisier et Gilbert Facchinetti, disposant, dans leurs domaines respectifs, d’un quasi monopole dans leur canton. Ces situations ont disparu aujourd’hui. La concurrence est plus vive. Les marges ont baissé et il n’est sans doute plus possible de dégager les profits permettant d’investir à fonds perdu dans le football. Par contre, la Suisse a toujours drainé hommes et capitaux de l’étranger. D’une certaine manière, les clubs d’élite du football romand ne sont pas de si mauvais indicateurs de la situation de notre économie. jg

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