Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Pour ne manquer aucun article

Recevez la newsletter gratuite de Domaine Public.

Economie: Sortir de l’ombre le travail au noir

Une réflexion économique qui intègre les échanges non monétaires et l’économie souterraine.

L’économie non monétaire, les réseaux d’échange de prestations, le troc leçon d’anglais contre cours de shiatsu font partie des nouvelles formes d’échange qui ont surgi tant bien que mal pendant la crise économique. Le retour de la croissance risque de balayer ces nouvelles pratiques. Deux colloques sur ce thème se sont tenus à l’université de Neuchâtel en 1997 et 1998. Les actes viennent d’être publiés1.
Notons d’emblée une certaine déception. Voilà un sujet où l’on aurait aimé qu’un point de la situation, aussi exhaustif que possible soit réalisé sur la situation en Suisse. Or, sur les douze contributions au colloque, deux seulement concernent notre pays. Est-ce vraiment le rôle de la Commission suisse pour l’Unesco de financer des colloques où s’expriment essentiellement des universitaires français parlant de leur pays ?

Une activité qui échappe à la statistique

La contribution de François Hainard s’attaque directement au cas helvétique. Il rappelle que l’économie souterraine « classique » a connu un accroissement considérable avec une estimation de l’augmentation du travail au noir qui aurait plus que doublé en vingt-cinq ans, passant de l’équivalent de 12 milliards de francs en 1975 à 30 milliards en 1998. Sa proportion dans le PNB serait de 6,6 % contre 14,3 % pour la France et 25,8 % en Italie. On peut d’ailleurs se demander comment les économistes parviennent à chiffrer à la décimale près une activité qui échappe par définition à la statistique !
Naturellement cette activité a des conséquences très néfastes avec une perte de près de dix milliards pour le fisc et les assurances sociales, et une situation de grande précarité pour les clandestins ou les requérants d’asile qui constituent sans doute l’essentiel des emplois non déclarés dans la restauration et le bâtiment, les deux secteurs sans doute les plus touchés par ce phénomène. L’auteur mentionne également l’augmentation considérable du temps partiel comme facteur de développement d’activités économiques hors système. De 1990 à 1998 la part des actifs occupés à temps partiel est passée de 19 % à 28 % ; ce sont des femmes pour l’essentiel. Elles représentent 83 % de cette population.
Ces différents phénomènes, auxquels il convient d’ajouter la persistance d’un chômage de longue durée malgré la reprise, conduisent à une réflexion sur une diversification de l’échange et la mise en place d’une économie de réciprocité et de contre-prestation dans les interstices des circuits monétaires. L’émergence en Suisse d’associations et d’émissions de radio ayant pour but d’échanger des savoirs et des compétences constitue une première réponse. Afin de rendre attractives ces activités non monétaires, l’auteur propose de les accompagner par des contre-prestations sociales, par exemple droit à la retraite, couverture maladie ou accès à prix réduits dans des transports ou des infrastructures.
De nombreuses questions se posent néanmoins. Ces activités de troc se sont plutôt développées dans un pays comme la Russie qui a atteint le degré zéro de l’organisation économique et les échanges de prestations auxquels on assiste chez nous ne se développent-ils pas surtout dans un certain milieu gauche chic, pour lequel il s’agit d’une forme de loisir social plutôt que d’une nécessité économique ?
Pour sortir du bois l’économie cachée qui fait des ravages chez eux, nos voisins français ont lancé une série d’innovations intéressantes. Il y eut d’abord un système de « bons » achetés par les particuliers qui emploient une femme de ménage, et qui permet d’éviter de remplir les innombrables formulaires qui vont avec la « déclaration » du personnel de maison. La diminution considérable de la TVA sur les travaux d’entretien du second œuvre des immeubles, passée de plus de 13 % à 5,6 % est en passe de tuer cette source importante de travail au noir. Il nous semble que ce type de mesure réduira plus sûrement l’économie souterraine que le développement de réseaux d’échanges, certes intéressants, mais qui resteront sans doute longtemps encore l’apanage de milieux déjà favorisés. jg

1Commission nationale Suisse pour l’Unesco, Institut de sociologie de l’Université de Neuchâtel, Economie monétaire, politiques d’insertion et lien social, 2000.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/5131 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/5131
Faire un don

Tous les auteur-e-s des articles sont bénévoles, tout est gratuit pour les lectrices et lecteurs... Mais il y a tout de même des coûts de production et de développement, financés par vos dons. Merci de votre générosité!

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP