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Note de lecture: Hors localités ?

La mondialisation n’a pas que des effets économiques.Elle transforme aussi les rapports humains.Un ouvrage, Le coût humain de la mondialisation fait le point (poing ?), un brin provocateur, sur l’évolution probable de la société.

Dans les nombreuses analyses et réflexions sur la libéralisation des marchés, le livre de Zygmunt Bauman, Le coût humain de la mondialisation, a peu fait parler de lui. Le titre, il est vrai, n’est guère attrayant, d’autant qu’il n’est nulle part question de coûts dans le texte de l’auteur ! Il s’agit en fait d’une réflexion sur l’espace, son appropriation ou son abandon.
La thèse principale : l’annulation des distances permise par le progrès technique n’entraîne pas une plus grande homogénéité des modes de vie. Au contraire, les oppositions sont renforcées. Certains peuvent se mouvoir librement hors des localités. Ils n’existent même que par ce mouvement, dans les médias, les rubriques people, les cours de la bourse. D’autres, englués dans le local, voient tout ce qui donnait une signification à leur vie s’échapper peu à peu au profit, comme diraient certains, des « élites mondialisées ».
Pour Bauman, les puissants n’ont pas besoin d’un contact avec la réalité sociale. Mais, au contraire, de vivre dans un isolement parfait, exprimé en termes de sécurité des personnes, des demeures, des aires de circulation. Comme il l’écrit, la déterritorialisation du pouvoir est inséparable d’une délimitation encore plus stricte du territoire.
Ceux qui ne peuvent pas payer pour une vie séparée se trouvent enfermés dans leur localité. Ils n’ont plus accès à ce que l’auteur appelle drôlement les « parties communes ». La segmentation de l’habitat est un des symptômes les plus forts de cette vision. Au siècle passé cohabitaient dans un même immeuble, le bourgeois à « l’étage noble », le commis au deuxième, les ouvriers au-dessus et les bonnes sous les combles. Aujourd’hui, chacun vit dans son quartier.
La mondialisation serait une extension de ce principe. Il n’y a plus d’espace permettant les rencontres qui structurent peu à peu une communauté et en définissent les normes. Aujourd’hui les « locaux » regardent les « mondiaux » qui ne sont plus nulle part et usent de la supériorité que leur offre la maîtrise des moyens de communication pour définir les règles et les normes.
Dans cette perspective la mondialisation n’est plus, comme le voulait l’utopie universaliste, la construction lente d’un monde d’ordre et d’harmonie. Elle désigne des phénomènes qui s’imposent à tous, présentés comme naturels (le marché ?), ressentis comme imprévisibles et suscitant de l’impuissance.
Les états deviennent encombrants. Plus ils sont petits et nombreux, moins ils sont efficaces et mieux cela vaut. L’arrivée de la mondialisation va de pair avec la multiplication des micro-états, avec le démembrement des ensembles multinationaux. Le slogan n’est plus, comme en Afrique du sud, one man, one vote, mais une ethnie, un état. D’ailleurs cette notion même d’ethnie, avec ses relents racistes, qui avait disparu du vocabulaire, effectue un brillant retour dans les journaux les plus sérieux. Ces états, comme le dit Bauman, sont en quelque sorte des « commissariats de quartier » destinés à faire tenir tranquilles pendant que les mondiaux vaquent à leurs occupations.
La vision de l’auteur est évidemment partielle, partiale et injuste. Il ignore des efforts comme ceux de l’Union européenne qui vise justement à réintroduire de l’ordre. Il accorde peu de prix aux révoltes des locaux contre les mondiaux, dont le rejet des produits transgéniques par les Européens est un bon exemple. Il n’empêche que cette lecture sautillante et stimulante constitue un bon remue-méninges. jg

Zygmunt Bauman, Le coût humain de la mondialisation, Hachette, 1998.

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