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Le film : C’est le poète qui doit mourir

Le générique de fin a remplacé l’image, accompagné du thème musical de Philip Glass. La lumière s’installe progressivement, rendant le contour des fauteuils, des visages, plus précis. C’est à ce moment-là que l’on peut mesurer l’impact, la force, la qualité du film. Par l’observation des spectateurs qui se refusent à quitter leur siège, restent muets, retardent le moment de prendre la sortie pour retrouver le programme de leur soirée.
Ceci se produit immanquablement à l’issue de la projection de The Hours, de Stephen Daldry, adapté du roman de Michael Cunningham (l’auteur de La maison du bout du monde) avec Nicole Kidman qui interprète avec une belle sensibilité le rôle de Virginia Woolf. C’est en effet l’écrivain qui marque le rythme des 24 heures des trois femmes : elle-même, Clarissa l’éditrice (Meryl Streep) et Laura, mère au foyer (Julianne Moore).
Trois histoires, situées respectivement en 1923, 1951 et 2002, qui, par un jeu de correspondance, expriment une compréhension réciproque marquée par des cris et des sanglots qui souvent se mélangent. «Mon idée est de faire communiquer ces grottes entre elles, et que chacune s’offre au grand jour, le moment venu» (Viginia Woolf, Le journal d’un écrivain, 1923). Deux clés nous sont donc données : «communiquer» qui trouve son point d’orgue dans le dénouement et «s’offrir au grand jour», accepter de reconnaître sa richesse intérieure et la présenter au regard de tous.
Comme certains films montrant la coexistence d’êtres de nature différente (les morts et les vivants, les terrestres et les visiteurs d’autres planètes) qui se distinguent entre eux par une démarche, un regard différent, par un flottement du corps, The Hours met en scène des êtres qui vivent leur vie et d’autres qui se situent légèrement à côté, enrobés de conventions et d’alibis, avec en eux, un sentiment insidieux de plus en plus douloureux.
C’est effectivement la situation et le destin de Clarissa, Virginia et Laura qui sont appelées, sans délai, à une prise de conscience qui pourrait les conduire à la mort, mais c’est le poète qui doit mourir, car Virginia Woolf a décidé de ne pas condamner son héroïne.
S’offrir au grand jour le moment venu, ces mots s’impriment dans l’esprit des spectateurs immobiles. La recherche, la révélation et la communication de son vrai moi, authentique, construit au fil des années sont un passage obligé : on ne gagne pas la paix en évitant la vie.

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