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Cinéma : Glissez mortels

Une étoile filante, la nuit baigne les montagnes, un pâturage, des forêts toutes proches. Une petite toile blanche est dressée, éclairée par un falot tempête. Les papillons s’y heurtent, s’y accrochent, éblouis par la lumière, esquisses d’ombres chinoises. A quelques pas, un vieil homme (Michel Serrault) et une fillette (Claire Bouanich) observent la danse de ces êtres nocturnes, éphémères.
Soudain, l’ombre d’un papillon de taille supérieure aux autres se profile ; le papillon s’est posé sur la toile. Le vieil homme bondit : « Isabelle » ! Isabelle, une espère rare. C’est également le prénom de la mère de l’enfant.
L’itinéraire de ce couple dans les vallées montagneuses est en effet guidé par une même recherche, une même inspiration, une même douleur aussi. Oublier, effacer la frontière qui sépare les êtres appelés pourtant à s’aimer : pour le vieil homme, le fils mort trop tôt et pour l’enfant, la mère, trop jeune et trop souvent absente.
Leur quête du bonheur, ou tout au moins d’un soulagement, est ponctuée par un dialogue qui touche les aspects fondamentaux de notre vie : l’amour, la mort, ce qui se passe là en haut. Ceci, en effleurant une sensibilité à fleur de peau, comme le passage furtif d’un papillon sur l’étamine.
Toute œuvre doit pouvoir se résumer en quatre lignes. Ou alors, il faut la visiter intégralement. Le film Le papillon de Philippe Muyl se comprend par les quatre vers du poète Pierre-Charles Roy, qui s’est inspiré d’un tableau du peintre Nicolas Lancret :
«Sous un mince cristal l’hiver conduit leurs pas ; / Le précipice est sous la glace ; / Telle est de vos plaisirs la légère surface : / Glissez mortels, n’appuyez pas.»
Notre culture occidentale requiert d’exprimer de manière péremptoire, de présenter des idées et des opinions qui ne laissent pas de place aux malentendus, de condamner les demi-teintes.
Ce magnifique film (dans quelques décennies, on parlera de Michel Serrault comme on parle aujourd’hui de Louis Jouvet) remet en question la notion de « clair et distinct », apporte une valeur ajoutée aux nuances de gris, donne une force nouvelle à ce qui n’est que sous-entendu et réhabilite la pudeur de l’âme et des sentiments ? Glissez mortels.

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