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Navigation : «De l’eau, du vent, des pierres»

La bise, la bise noire, la vaudaire, le vent, le
joran, les brises, le rebat ou séchard, la fraidieu et la môlaine, deux
«exclusivités genevoises», le morget, les airs de la nuit, un vent
d’orage : le bornan. Ce sont les vents du Léman qu’a décrits André
Guex, marin et montagnard, un peu baroudeur et admirable professeur de
littérature. Alinghi a fait triompher, sur eau salée et aux antipodes,
un Léman défonctionnalisé, plan d’eau pour régates et ban d’essai du
high-tech. Mais le lac a connu, au service des métiers, pêche,
transport de sable et de pierres, un perfectionnisme antérieur. «Là, on
a longtemps construit, ou caréné, les barques à pierre dont les lignes
n’ont guère changé depuis le jour où, pour le service du gouvernement
bernois, un charpentier hollandais introduisit sur nos eaux les formes
des bateaux de son pays ?» Et surtout les bateliers naviguaient avec un
sens de l’eau et du vent inégalé.
C’est aux bateliers, aux
«bacounis», que le Léman, pendant longtemps, pendant plusieurs siècles,
a le plus livré de lui-même. Ces hommes comprenaient le lac, ce qui est
beaucoup plus rare que de savoir naviguer ; ils avaient reçu de lui
cette habileté accomplie qui permettait au «Zoulou» à la ceinture rouge
de ramener par gros vent d’ouest au port de La Tour, grand comme un
mouchoir, son bâtiment de 130 tonneaux, l’Espérance, sans casser un
œuf. A moins de cent mètres du goulet d’entrée, la barque portait
encore deux centmètres carrés de voile rouge à moitié carguée, l’étrave
mordait l’écume et la lourde coque s’arrêtait sur son erre, pointe au
vent, à deux mètres des jetées. Une ancre mouillée, une amarre portée à
terre et l’Espérance prenait sa place comme un enfant sage. Du beau
travail de barreur qu’aucun homme sur le lac ne saurait faire encore ;
il y fallait un sentiment aigu et juste des forces et des masses en jeu
; il y fallait surtout le sens de l’eau, ce fils du temps et de
l’observation.

André Guex, De l’eau, du vent, des pierres. Cahiers de la Renaissance vaudoise, 1969.

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