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Réformes scolaires: Parcours d’un pédagogue

Instituteur, universitaire, conseiller de l’ancien ministre Claude Allègre, Philippe Mérieu commente et analyse, dans un livre-interview, l’état de l’enseignement français.

Philippe Mérieu, dans un parcours tout entier consacré à l’enseignement, à la fois instituteur et universitaire, s’est approché, comme conseiller de Claude Allègre, du politique. Aujourd’hui il dirige l’Institut universitaire de formation des maîtres à Lyon. Interrogé, il fait le point sur ces approches multiples de l’école et de la République1.
Une bonne part des problèmes posés par la gestion d’une grande nation comme la France peuvent être vécus à plus petite échelle dans nos cantons : l’orientation de la santé publique (les maternités que l’on ferme !), la classification des fonctionnaires et ses impossibles comparaisons entre la responsabilité du cantonnier et celle de l’infirmière, etc. L’autre partie de la comparaison permet de mesurer la différence, liée au jacobinisme français, à la centralisation, au pouvoir des préfets. L’Education nationale, cette gigantesque machine est un des fleurons de la France, une et indivisible, et là se marque notre différence structurelle. Mais les analogies se retrouvent dans les attitudes face à l’école, son rôle dans la transmission des savoirs, dans la préparation à la vie et aux professions. L’expérience de Philippe Mérieu est, à ce titre instructive. Quant aux amateurs, intéressés par les dédales de la politique française, par l’intervention des cabinets ministériels, des conseillers personnels, de ceux-qui-sont-chargés-de-présenter-un-rapport-au-ministre, ils suivront avec délectation la description des antichambres, des portes qui s’entrouvrent ou se claquent à Matignon ou Grenelle.

Le débat public

Les pédagogues comme Mérieu sont sous le coup d’accusations multiples. On leur reproche à la fois de vouloir mettre l’enfant au centre, ce qui dans l’esprit des détracteurs signifie soumission aux exigences de l’enfant, puerilocentrisme, et, en même temps de vouloir imposer leur idéologie d’adulte, faite de sociologie égalitaire. La réponse est la suivante.
En premier lieu, l’ouverture d’un débat public comme le souhaite Mérieu, débouche sur une légitimation des réformes. Si la réforme vaudoise va de l’avant, malgré les difficultés budgétaires et les oppositions, c’est qu’elle a obtenu, après référendum, une claire approbation populaire. Genève a tranché la question de l’âge et de l’hétérogénéité. On peut faire le tour des cantons. Il n’y eut pas de réforme sans confirmation ou refus populaire.
Si la légitimation populaire est indispensable pour que les pédagogues travaillent à partir d’un mandat clair, encore faut-il que les questions posées au souverain soient de portée essentielle et non des questions de détail auxquelles on veut donner une portée symbolique, tel le retour des notes à l’école primaire que professent libéraux vaudois ou radicaux genevois.

Pour aller voir

Dans le parcours de ce livre-interview, le lecteur est invité à s’arrêter à quelques excellents développements que nous énumérons selon notre choix : la culture propre aux maîtres primaires et aux maîtres secondaires et la difficulté de les concilier, solution que l’on croit facile, dans une école pédagogique commune ; le recrutement des directeurs et leur formation ; l’intérêt et les limites de l’expérimentation qui, par principe, est menée par des enseignants motivés, condition favorable qui n’est pas toujours généralisable ; le conservatisme habillé d’un langage de gauche qui dans toute remise en cause voit une avancée de la marchandisation et de la mondialisation voulue par les multinationales ; les courants de pensée dominants et, jusqu’à peu, la sociologie inspirée de Pierre Bourdieu.

Le pédagogue et le philosophe

Un des mouvements antipédagogiques particulièrement agressif est celui de certains philosophes, y compris en Suisse romande. Le manifeste de référence fut rédigé par Jacques Merglioni, puis s’est renforcé dés les années 1980. Quelques phrases-clé :
« Quand on parle, par exemple, de la demande des élèves, comme ne cesse de le faire le discours pédagogique dominant, on parle le langage du marché [ ?] Il se produit actuellement dans l’école un oubli de l’essentiel, un dépérissement de l’universel, qui pourraient, à la longue changer le cours de l’histoire. » A ces accusations qui furent d’une violence inouïe (de la part d’Alain Finkielkraut, par exemple), Mérieu répond calmement deux choses. Premièrement l’appétit, celui du savoir, ne se décrète pas, il se stimule. Deuxièmement, nous sommes immergés dans un monde dominé par la publicité, les sondages, les machines presse-bouton dont on ne connaît pas le fonctionnement, le foisonnement, le supermarché des savoirs. Si donc l’enfant peut apprendre quelque chose d’essentiel à travers les savoirs, c’est la vérité, qui n’est pas une opinion, pas la raison du plus fort, ni celle du nombre. Et parce que Mérieu est pédagogue, il ne cesse de poser la question : les enfants, étant, par leur origine, leur milieu, ce qu’ils sont, comment les amener à faire, par eux-mêmes, l’apprentissage de la vérité ? Si la philosophie n’est pas certitude imposée, mais d’abord questionnement, on ne voit pas le sens de la querelle des philosophes face à une démarche pédagogique si authentique. ag

La machine-école, Philippe Mérieu, Stéphanie Le Bars, Gallimard 2001, Folio Actuel, Sévie, Le Monde.

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