Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Pour ne manquer aucun article

Recevez la newsletter gratuite de Domaine Public.

Pôles de recherche nationaux: Malaise dans les sciences humaines

Les sciences humaines peinent pour présenter des projets porteurs : à Lausanne, elles limitent leur ambition à l’accompagnement des avancées de la génétique. A l’échelle suisse, elles ne réussissent pas à placer un seul pôle de recherche sur dix retenus. Et pourtant dans une société de mondialisation économique, de médiatisation, de judiciarisation, jamais leurs domaines respectifs n’ont été aussi importants.

Laissons, ici, de côté le débat épistémologique et philosophique que suscite le rapprochement des mots science et homme : nous visons sous cette dénomination « science humaine » tout ce qui n’entre pas dans le champ de la science expérimentale. Y compris les lettres ou la théologie. Cette distinction, quoique banale, est d’importance. Les sciences exactes ont leurs critères pertinents de validation des résultats. En dehors d’elles, là où la description et la création individuelle jouent un rôle prioritaire, l’évaluation est plus subjective, tant que le temps n’a pas fait son travail lent de décantation. Comparer à la même aune des projets scientifiques ou humanistes n’a donc pas de sens. Mais la réflexion à conduire ne devrait pas avoir pour but, utilitaire, de mieux faire reconnaître des programmes de recherche auprès des autorités subventionnantes. Les sciences humaines sont plutôt menacées vu la multiplicité des publications (d’intérêt inégal) d’ensablement. Ce dont elles ont besoin, c’est, plus ambitieux, de règles d’autodiscipline.

Démocratisation

Les sciences humaines sont, à l’Université, originelles. Elles détenaient et la transmission du savoir et l’accès au prestige aussi bien qu’à la rémunération des professions libérales. Elles n’ont plus aujourd’hui qu’un pouvoir diminué parce que les sciences ont tracé d’autres voies, parce que plusieurs professions libérales se sont partiellement prolétarisées et surtout parce qu’organisées pour une sélection élitaire, elles ont mal réagi à l’afflux d’étudiants. On déplore aujourd’hui l’absence d’encadrement. Le constat est pertinent, mais court. Souvent le renforcement de l’encadrement aboutit à une scolarisation, car une des caractéristiques de l’Université c’est qu’elle se dispense souvent de réflexion pédagogique sur son propre enseignement. Ce devrait pourtant être une de ses priorités.

Buissonnant

La nécessité d’être en pointe dans son domaine aboutit à une spécialisation, voire à une parcellisation du savoir, en même temps que s’affiche la prétention à être une science universalisable. La géographie couvre et l’homme et la terre qu’il habite et les transformations qu’il impose à son milieu. Les lettres débordent sur tous les moyens d’expression et de communication, la sociologie annexe l’ensemble des phénomènes sociaux. L’extension du champ est la condition d’une spécialisation, de l’exploitation d’une niche, c’est-à-dire en termes d’organisation universitaire de la création d’un institut.
Le buissonnement a pour conséquence le reflux des professeurs vers le deuxième, voire le troisième cycle, mais aussi l’affaiblissement de la culture générale des étudiants, dans le domaine même de leurs choix. Il est possible par exemple d’obtenir une licence en littérature française sans que soit exigée la lecture des œuvres marquantes, classiques, du 16e siècle à nos jours. On rejoint là l’absence de préoccupation pédagogique qui caractérise l’Université.

L’insuffisance des moyens certes, mais pas seulement

L’acceptation de nouvelles disciplines s’accompagne souvent de dotation insuffisante, comme si la priorité était l’affichage au menu. On renverra aux critiques pertinentes de Jean-François Billeter sur son vécu de l’enseignement du chinois à l’Université de Genève. Et il est vrai que l’encadrement est, dans certaines disciplines, insuffisant. Mais répétons que le renforcement du corps intermédiaire, celui des assistants, n’est pas en soi la réponse. Comment sont-ils recrutés ? quelles qualités d’enseignant peut-on exiger d’eux ? On en est encore à la formule : le bon étudiant fera un bon assistant.

Recentrage

L’absence provisoire de projets de recherche en sciences humaines acceptés est un signal utile, sans conséquence grave car le rattrapage est toujours possible et peu coûteux. Qu’on se réfère à la vingtaine de millions nécessaires au fonctionnement de la commission Bergier, crédit extraordinaire pour ce domaine, mais très ordinaire et modeste en comparaison des recherches scientifiques.
Le signal de cet échec ne renvoie donc pas à une meilleure présentation pour augmenter leur taux d’acception, même si la vitalité de la recherche en science humaine demeure souhaitable. Le signal avertit de la nécessité d’un examen plus général du rôle et du fonctionnement de ces facultés. Et cet examen aura inévitablement pour chapitres : coordination, c’est-à-dire un contrôle sévère de la démultiplication des disciplines, dotation supplémentaire pour tous les enseignements confirmés, réflexions pédagogiques non seulement sur le contenu des programmes, mais sur les qualités des enseignants et leurs méthodes didactiques. Les sciences humaines sont appelées à découvrir que les recherches souhaitées ont pour préalable la valorisation de l’enseignement. Mais l’enjeu les dépasse aussi.
Elles sont aussi un des constituants de l’identité nationale et cantonale. La réforme nécessaire a donc une signification politique forte. ag

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/4414 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/4414
Faire un don

Tous les auteur-e-s des articles sont bénévoles, tout est gratuit pour les lectrices et lecteurs... Mais il y a tout de même des coûts de production et de développement, financés par vos dons. Merci de votre générosité!

Faire un don avec Twint

Don de CHF 50.- avec Twint

Faire un don avec Twint

Don de CHF 100.- avec Twint

Faire un don avec Twint

Don libre avec Twint

Thématiques

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP