Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste du 31 octobre 1963 au 24 juin 2021
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Après 58 ans, Domaine Public a cessé de paraître. Ce site ne publiera plus de nouveaux articles et est en cours de transformation pour présenter l'histoire et les archives du journal.

Le travail de la grève des femmes

Depuis la grève des femmes du 14 juin 2019, un nombre considérable d’initiatives éclot partout en Suisse

Photo qabluna
Photo qabluna (licence CC)

Le 14 juin 2019, un demi-million de femmes et de sympathisants étaient dans la rue. Sans compter toutes celles et ceux qui ont fait grève à leur manière sur leur lieu de travail. 

Partout, les femmes se sont organisées ce jour-là pour faire entendre leurs revendications, avec une solidarité, une créativité, un sens politique et une joie extraordinaires. «Une grève comme on n’en avait jamais vue», ont pu dire des féministes de la première heure. 

Ce mouvement, qui s’est voulu aussi large que possible, a mis au jour les multiples discriminations, évidentes ou cachées, qui frappent les femmes. Et le manifeste écrit à cette occasion garde toute son actualité.

Depuis ?

Les élections de l’automne 2019 ont vu les Chambres fédérales, les gouvernements et parlements cantonaux se féminiser et rajeunir. Au sein des partis, surtout les verts, socialistes et vert’libéraux, la représentation des féminines s’est accrue.

Ce n’est pas encore la parité, mais cette moitié de la population a désormais de meilleures chances de faire entendre sa voix. Toutefois, rassembler des majorités capables de faire changer la condition des femmes n’est pas encore acquis.

La crise du Covid a mis en évidence des métiers essentiels. Ceux de la santé et du soin à la personne, l’accueil des enfants, le nettoyage et la vente de détail, notamment. Tous ces métiers, mal payés, sont majoritairement exercés par des femmes. Comme on le sait, les applaudissements du printemps 2020 n’ont pas débouché sur une revalorisation des salaires. Mais les syndicats, boostés par le mouvement de la grève féministe, y travaillent.

Après la mobilisation spectaculaire de 2019, le mouvement persévère. En Suisse romande et alémanique, dans chaque canton et dans de nombreuses villes, des collectifs, organisés en groupes de travail (GT), sont à l’œuvre. Décentralisées, les actions se déploient tous azimuts.

GT à tout faire

Dans le canton de Vaud, le GT retraites est très actif. Après avoir participé en 2018 déjà à la procédure de consultation sur le projet de réforme AVS 21, elles ont également donné leur avis sur le projet de réforme de la LPP. Elles ont mis au point un cours sur le système des retraites en Suisse et sur la situation des femmes dans ce contexte. 

En effet, il est essentiel que les femmes, et les hommes aussi évidemment, comprennent les enjeux des réformes concernant la prévoyance vieillesse actuellement en discussion. Ce cours a déjà été donné de nombreuses fois dans les cantons de Vaud, Genève et Neuchâtel ainsi qu’au Tessin. Et il va bientôt passer de l’autre côté de la Sarine. 

Le GT retraites se prépare désormais résolument à lancer le référendum contre le projet AVS 21. L’élévation de l’âge de la retraite des femmes, plébiscité par les milieux économiques et les partis bourgeois, n’est pas acceptable au vu des inégalités de fait existantes.

Le GT consentement, issu des assises romandes de la grève féministe, travaille, lui, sur la révision du droit pénal en matière sexuelle. Leur campagne a ouvert le dialogue avec de nombreuses politiciennes de tous partis. Ces dernières s’engagent désormais pour une définition du viol incluant la notion de consentement, notion absente de l’avant-projet soumis à la consultation.

Pour sa part, le GT culture s’est d’abord intéressé à la rémunération des artistes. Elles ont mis en évidence la faible visibilité des femmes dans le domaine de la culture: en 2015, on ne compte que 21 % de journalistes femmes en Suisse romande; entre 2012 et 2015, seuls 12 % des longs métrages sortis en salle ont été réalisés par des femmes; en 2018, les trois principaux festivals de bande dessinée suisses n’ont accueilli, en moyenne, que 20 % d’autrices; les prix littéraires romands d’importance sont attribués majoritairement à des hommes, et ce depuis des décennies. 

Le soir du 13 juin 2020, des visuels rappelant les inégalités dans les domaines culturels ont été projetés sur les murs du Musée cantonal des beaux-arts, à Lausanne. Car la fête est aussi au programme de ce groupe de travail et on lui doit cette année le brassage de la bière La mégère déter’ – soit énervée en argot.

Créer du savoir féministe

Les séances des groupes de travail sont autant d’occasions de développer des savoirs. En particulier pour ce qui touche à la prévoyance vieillesse, au droit pénal, mais pas seulement. 

En Suisse allemande, les études féministes rassemblent toujours davantage de personnes. La faculté féministe, basée à Winterthour, propose depuis cinq ans déjà des formations touchant aux domaines les plus divers: histoire, philosophie, rhétorique, sport, système de santé, etc. 

Tout dernièrement, certaines des intervenantes ont lancé une nouvelle plateforme. Sur celle-ci peuvent se développer des connaissances spécifiques en matière d’économie féministe. 

Lire Le mythe du déficit, de Stephanie Kelton, ouvre des perspectives étonnantes. Les dettes contractées durant la pandémie et le financement de l’AVS pourraient y trouver des solutions innovantes.

14 juin 2021

Partout, des manifestations sont annoncées. À dire vrai, les festivités ont d’ores et déjà commencé: dans le canton du Valais, le programme s’est ouvert le 8 juin déjà, avec des événements prévus chaque soir sur une semaine pour célébrer le travail des femmes dans les domaines de l’art. 

Dimanche 13 juin, radio 40 sera féministe et fera entendre en continu – et en podcasts – interviews, musique et expériences acoustiques. À Lausanne, le rassemblement aura lieu dès dimanche après-midi au Théâtre 2.21, avec des projections, de la danse, des stands et ateliers créatifs. Selon la tradition, la grève sera lancée officiellement dimanche à minuit, avec pour thématique la répression des mouvements sociaux. 

À Zurich, le collectif appelle à une grève du care. Ce dernier terme englobe un ensemble incompressible de tâches ménagères, éducatives, organisationnelles, de soutien à l’ensemble des membres de la famille et de soins – bénévoles ou salariés – aux personnes âgées. Comme on le sait, ces activités incombent le plus souvent à des femmes.

Cette énorme contribution au fonctionnement de la société reste invisible. Et, au moment de la retraite, cet engagement de leur personne ne pèse pas lourd. C’est terriblement injuste.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/39071 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/39071

Accueil

Auteures / Auteurs

Les articles

Les publications

Le Kiosque

À propos de DP