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Petite leçon d’histoire suisse

Émigration ou export-import, la Suisse et les Suisses ont toujours beaucoup gagné à l’étranger. Mais aujourd’hui, le gouvernement se révèle incompréhensiblement frileux

Photo Jan
Photo Jan (licence CC)

Questionnez les Suisses sur leur passé lointain, vous obtiendrez le plus souvent une réponse bien rodée. Seront immédiatement cités, soit le Pacte fédéral, soit le légendaire Serment du Grütli – le premier ayant permis, en fait, une bonne gestion des taxes de passage du Gothard. On évoque aussi la mémoire des mercenaires, non sans arborer un sourire réprobateur. Mais oui, des Suisses se sont vendus en nombre en des temps où il n’y avait pas de travail ni de place pour eux à l’intérieur du pays.

Se rappeler qu’au Moyen Âge, la Suisse, en raison de sa topographie alpine, ne disposant pas de matières premières ni d’accès à la mer, était l’un des pays les plus pauvres du monde. D’où le recours à cette ressource humaine qu’a représenté le mercenariat. Un ébéniste m’a raconté que, dans la campagne fribourgeoise, il existe quantité de très beaux meubles français des XVIIe et XVIIIe siècles. Autant de salaires en nature et de signes de reconnaissance de l’armée de notre voisin de l’Ouest.

Les mercenaires sont revenus avec des connaissances très utiles concernant ce qui était produit et consommé dans les pays qu’ils avaient traversés. Ils ont ainsi contribué à la proto-industrialisation, observable dès le début des années 1780. Mais même après 1815, la Suisse ne représentait pas un marché intéressant, avec ses 22 cantons et les barrières douanières qui les protégeaient.

Travailler et vendre à l’étranger

Il fallait donc impérativement vendre à l’extérieur. Sans hésiter, les Suisses s’y sont employés. L’Europe ne connaissait que le lin ou la laine; ils lui ont apporté le coton et la soie. Et aussi moult produits tropicaux très intéressants: café, thé, cacao, épices, caoutchouc, notamment. Aujourd’hui encore, les commerçants suisses gardent toujours l’œil ouvert sur le monde. J’ai rencontré une famille argovienne qui s’était répartie les marchés: le père en Suisse, un fils en Asie, un autre en Afrique et le dernier en Amérique latine.

Au début de la révolution industrielle, la Suisse n’exportait que du papier, du savon et des allumettes. Mais, très vite, ont suivi les montres, les textiles, les machines. En 1925, Volkart, entreprise de Winterthour, disposait de 163 comptoirs en Inde. 

D’ailleurs, lors de mon premier voyage au Ghana, en 1982, la délégation dont je faisais partie avait rencontré le vice-président Paul Victor Obeng. Sa première phrase avait été: «Vous êtes les premiers à nous avoir colonisés». Correct: la Mission de Bâle s’est installée au Ghana non seulement pour christianiser les Ghanéens, mais aussi pour y faire du commerce export-import. De plus, elle y a planté une grande partie du cacao, le Ghana étant moins éloigné de l’Europe que les Antilles et la Colombie, pays producteurs originels.

À l’heure actuelle, les Suisses contrôlent encore une partie importante des marchés du café et du cacao. Mais, bien sûr, seulement ce qui va être consommé en Suisse y est importé.

Ne pas confondre Suisse et Suisses

La Suisse institutionnelle ne se confond pas avec les personnes de nationalité suisse. D’abord, c’est seulement en 1848 que la Confédération s’est constituée, avec un gouvernement central et une neutralité imposée par les autres pays européens depuis 1815. En matière de relations économiques internationales, les Helvètes n’ont jamais attendu que le Conseil fédéral fasse preuve d’esprit d’ouverture. 

Ils ont donc pris eux-mêmes l’initiative et se sont installés partout. Aujourd’hui 776 000 Suisses – soit 10,7% de l’ensemble des détenteurs d’un passeport à croix blanche – vivent à l’étranger, peuvent suivre au jour le jour l’actualité du pays grâce à Swissinfo et les plus de 18 ans reçoivent leur matériel de vote.

Et en 1828 naît Henri Dunant, un entrepreneur travaillant en Algérie que ses affaires amènent en Italie du Nord où il découvre avec effroi la situation sanitaire aux lendemains de la bataille de Solférino (24 juin 1859). Il s’engage personnellement sur le terrain et publie un livre-témoignage qui préconise le règlement pacifique des conflits. 

Dunant n’est certes pas l’artisan de la neutralité active suisse ni le créateur de la Croix-Rouge internationale. Mais sa vision a permis à la ville de Genève de devenir la Genève internationale que nous connaissons. New York compte moins de 1 000 fonctionnaires internationaux tandis que la Genève internationale offre globalement 34 000 emplois. Elle héberge la majeure partie des organisations internationales, notamment celles du système des Nations unies.

Autant les citoyens suisses sont entreprenants, autant leur gouvernement se montre frileux. Cette dichotomie me fascine. Qu’est-ce qui a conduit le Conseil fédéral à refuser de facto l’accord-cadre avec l’UE ? Personne n‘a d’explication plausible, la Commission européenne exprime aussi son incompréhension.

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