Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste du 31 octobre 1963 au 24 juin 2021
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Après 58 ans, Domaine Public a cessé de paraître. Ce site ne publiera plus de nouveaux articles et est en cours de transformation pour présenter l'histoire et les archives du journal.

Cinéma et Covid: la Suisse romande dépend de la France

Les salles de cinéma subissent gravement les conséquences des mesures sanitaires, des chiffres qui donnent le vertige et le poids de la France

Photo Fred Romero
Photo Fred Romero (licence CC)

Le bilan des entrées de cinéma en Suisse pour 2020 est vite fait: les conséquences de Covid-19 ont été calamiteuses. Une première fermeture a eu lieu pendant onze semaines, du 16 mars au 6 juin. La réouverture s’est faite avec des contraintes sévères: un siège sur deux occupé et un maximum de trois cent spectateurs. 

Par rapport à la même période de l’année précédente, la fréquentation des salles s’est alors effondrée de 80 %*. Les mesures sanitaires ont été renforcées en automne selon les cantons. À mi-novembre, 55 % des salles étaient fermées en Suisse, avant un nouveau bouclage complet, dès le 12 décembre. Actuellement, quatre mois plus tard, les portes des cinémas sont toujours closes.

Écart étonnant

En 2020, seules les neuf premières semaines de l’année, donc avant l’impact public du Covid-19, ont eu une fréquentation comparable à celle de 2019. Dans l’ensemble du pays, les salles obscures ont accueilli 4 millions  504 718 spectateurs en 2020 contre 12 millions 865 531 en 2019, soit une diminution de 65 %. Cette réduction varie selon les régions: moins 63 % en Suisse alémanique, moins 70 % en Suisse romande. Cet écart est très étonnant. 

Traditionnellement, les Romands se montrent nettement plus amateurs de cinéma que les résidents d’outre-Sarine. Le Covid-19 a provoqué un phénomène inverse à ce qui aurait pu être prévu avec une chute de la fréquentation des salles beaucoup plus importante en Suisse romande et des écarts parfois spectaculaires, tels 58 % de diminution en ville de Saint-Gall et 74 % dans l’agglomération Vevey-Montreux. 

Les causes sont sans doute multiples: durée différente de fermeture d’un canton à l’autre, attitudes face au Covid-19, caractéristiques de la population concernée. Dans l’exemple de Vevey-Montreux, l’absence des élèves des écoles hôtelières joue sans doute un rôle non négligeable.

Force de France

Pour leur programmation, les salles obscures de Suisse romande dépendent largement des dates de sortie des films en France. De fait, le calendrier offre un effet d’aubaine, comme disent les économistes pour désigner un avantage gratuit sur lequel il vaut mieux ne pas trop s’étendre: la promotion très importante du cinéma dans les médias français, les critiques des journaux parisiens, les passages des vedettes dans les talk-shows de la télévision, les revues spécialisées, les papiers de la presse people, le raffut autour du festival de Cannes ou des Césars, autant de publicité gratuite pour les distributeurs et exploitants de Suisse francophone. 

Quel cinéphile romand, soumis au battage français autour d’un long métrage, n’a-t-il pas cherché un jour les horaires des séances pour découvrir que le film en question n’était pas encore diffusé en Suisse et qu’il devrait attendre une ou deux semaines ? 

Ajoutons que les accords de distribution avec nos voisins d’outre-Jura interdisent la projection d’un film français en Suisse avant sa programmation en France. Cet effet d’aubaine existe aussi dans une certaine mesure pour la diffusion de réalisations en provenance d’autres pays. Mais la France reste le pays du cinéma et les longs métrages américains de super-héros aussi bien que le cinéma d’auteur y font l’objet d’une presse abondante qui déborde largement sur la Suisse romande.

Il serait donc inutile de rouvrir les salles romandes tant que les françaises restent fermées. Il serait carrément absurde de laisser ces mêmes salles romandes fermées alors que les françaises ont repris l’exploitation. 

Dans ce cas, on créerait un embouteillage supplémentaire dans la programmation, pour rattraper les films que le public romand n’aurait pas pu voir dès leur sortie. Or les restrictions pour cause de Covid et donc les fermetures de salles ont été plus importantes en France que chez nous, avec une fermeture totale dès le 29 octobre 2020 contre le 12 décembre en Suisse. 

Il ne nous reste plus qu’à espérer que les réouvertures des cinémas soient coordonnées entre pays européens. Mais aussi que la collaboration internationale fonctionne !

*Les chiffres figurant dans cet article sont tirés des statistiques de Pro Cinéma.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/38764 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/38764

Accueil

Auteures / Auteurs

Les articles

Les publications

Le Kiosque

À propos de DP