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Voiture électrique, panacée ou pas

L’apport du véhicule électrique individuel à la protection du climat nourrit les espoirs, mais le chemin est pavé d’embûches

Photo Ivan Radic
Photo Ivan Radic (licence CC)

Les voitures électriques ont la cote. En 2020, leur nombre a fortement augmenté (+ 49,8 %) de même que celui des hybrides rechargeables (+ 225,7 %). Ensemble, ces deux groupes représentent 14,3 % du total des nouvelles voitures. Une bonne nouvelle pour le climat ?

D’ici 2050, la Suisse ambitionne atteindre la neutralité carbone. À lui seul, le trafic routier est responsable d’un tiers des émissions. Aussi, doit-il réduire drastiquement sa contribution aux gaz à effet de serre. Et beaucoup d’espoirs sont placés dans la voiture électrique individuelle.

Dans sa feuille de route pour 2022, la Confédération s’est fixé l’objectif de faire passer la part de véhicules purement électriques ou hybrides à 15 % des immatriculations de voitures. Pour y arriver, la Confédération veut s’appuyer sur une amélioration et une diversification de l’offre, la mise en place d’infrastructures de recharge optimales et des incitations. 

Cette stratégie risque toutefois de se heurter à beaucoup d’obstacles et demandera du temps à se concrétiser, comme le relève Greenpeace. Même si elle est intitulée L’électromobilité décolle, la dernière enquête du Touring Club Suisse de 2020 émet elle aussi des réserves. Les coûts d’acquisition élevés, les questions d’infrastructure et les doutes quant à l’autonomie constituent les principaux obstacles à l’électromobilité.

Par contre, le coût au kilomètre reste inférieur à celui des véhicules thermiques. Le risque est dès lors une augmentation des distances parcourues et un accroissement de la mobilité individuelle, essentiellement en milieu urbain.

Mobilité douce menacée et consommation sous tension

Compte tenu de son autonomie limitée, il est à craindre que la voiture électrique ne soit surtout utilisée pour les courtes distances en ville et dans les environs. Elle risque de devenir la voiture complémentaire à la voiture à combustion utilisée pour les déplacements de longue distance. Avec la conséquence qu’elle se substitue aux modes de transports durables en milieu urbain comme le vélo et les transports publics.

Le développement de la voiture électrique va stimuler la demande en électricité, avec notamment des pointes de consommation lors du chargement qui s’opère la nuit. L’offre va-t-elle suivre quand on sait que la Suisse devra se passer des centrales nucléaires dès 2034 ? L’électricité sera importée avec le risque qu’elle soit produite à l’étranger par des centrales nucléaires ou électriques à combustion fossile.

Autre problème à résoudre: celui de la mise en place des possibilités de chargement tant sur le réseau routier que chez les particuliers. Sur ce plan, la Suisse tarde. En outre, ses zones urbaines sont largement peuplées de locataires et de propriétaires par étage dont une grande partie ne dispose pas de garages individuels permettant d’installer des bornes de chargement. Cette installation dépend alors de la volonté des propriétaires.

Cette situation a conduit le conseiller national Vert’libéral Jürg Grossen à proposer un «droit au chargement» de la voiture électrique. Cet accès devrait être conçu de manière intelligente pour éviter des surcharges de consommation électrique tant sur l’ensemble des réseaux électriques que dans les bâtiments.

Les problèmes politiques et juridiques s’avèrent complexes au niveau fédéral, car la majeure partie des dispositions à prendre relève des compétences cantonales. De plus, la puissante Association suisse des propriétaires immobiliers se montre extrêmement réticente à une intervention légale dans ce domaine. 

Les incertitudes des batteries

Mais le succès des voitures électriques dépendra beaucoup de la production des batteries (coût et impact environnemental). Les points d’interrogation sont encore nombreux et ils divisent les experts. 

Ces derniers s’accordent à dire que les batteries lithium-ion constituent la meilleure technologie possible en termes d’énergie et de capacité, mais leur coût ne baissera pas rapidement. D’autant plus qu’il y a encore beaucoup d’incertitudes sur la disponibilité et la localisation de cette matière première. Enfin, la technologie de la batterie n’est toujours pas au point et le recyclage du lithium n’est pas économiquement intéressant.

Autant dire que la voiture électrique jouera certainement un rôle croissant dans la mobilité individuelle. Mais de là à contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, il s’agira d’être patient.

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