Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste du 31 octobre 1963 au 24 juin 2021
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Parcs naturels régionaux, tour d’horizon

Confusion autour du concept «parc naturel régional» ? Peut-être une protection du paysage et de la nature par trop délaissée

Photo Scott Sanford
Photo Scott Sanford (licence CC)

Entre 2021 et 2022, la Confédération vérifiera si les conditions des labels «parc naturel régional» sont toujours réunies. Si oui, lesdits parcs pourront continuer à arborer cette certification pour une nouvelle période de dix ans. Mais c’est quoi un parc naturel régional ?

La Suisse en compte seize et ils occupent 13 % de son territoire. Ils se situent dans la chaîne du Jura, dans les Préalpes et les Alpes. Cinq d’entre eux ont été créés dans la partie romande: le Doubs, le Chasseral, le Jura vaudois, le Bois de Finges et celui de Gruyère Pays-d’Enhaut. 

Leur création a débuté il y a une dizaine d’années. Établis à partir de la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN), les parcs naturels régionaux  importent, car ils contribuent à la Stratégie biodiversité de la Confédération. Vastes espaces ruraux, en partie habités, ils se caractérisent par une grande richesse naturelle, paysagère et culturelle. Leur but: articuler la mise en valeur de la nature et du paysage avec la promotion d’un développement durable de l’économie régionale.

Ils se différencient clairement du parc national suisse des Grisons fondé en 1914 qui, lui, se conçoit comme une réserve visant à la protection totale de la zone. La loi reconnaît également les parcs naturels urbains. Il n’en existe toutefois qu’un seul, celui de Zürich Sihlwald. Un deuxième projet est à l’étude pour Lausanne-Jorat.

La Confédération soutient les parcs au moyen de trois instruments. En premier lieu le label «parc naturel régional», attribué pour une durée de dix ans renouvelable. Elle alloue aussi des aides financières – 20 millions de francs par an pour la période 2016 à 2019. Enfin un label «produit» permet la mise en valeur de produits et services contribuant au développement durable.

Des parcs qui s’ignorent

Ils ont été initiés avant tout par des défenseurs de la nature et du paysage avec l’appui des autorités communales. C’est ainsi que le parc Gruyère/Pays-d’Enhaut a exigé six ans de travaux préparatoires. Souvent la population n’a pas été consultée et ne s’est sentie que peu concernée.

Dans certaines régions, les habitants ont manifesté leur opposition, craignant une mise sous cloche de leur territoire. Ainsi, en 2011, un projet a été abandonnés dans le val d’Hérens. Et le parc de Rätikon (en partenariat avec l’Autriche et le Liechtenstein) vient d’essuyer un net refus des communes du Prättigau dans les Grisons. 

Par ailleurs, selon une enquête commandée en 2020 par Pro Natura, les parcs naturels régionaux demeurent largement méconnus du public. Près de la moitié des personnes interrogées n’a pas été en mesure d’en nommer un seul. Plus étonnant encore, 86 % des gens vivant dans un parc ne sont pas au courant de son existence. 

Nature et paysage versus profit ?

Le label «parc naturel régional», attribué par la Confédération, prend la forme d’une charte – ou plan de gestion – qui est censée garantir sa qualité. Pour onze d’entre eux, la procédure de renouvellement obligatoire a donc commencé.

En 2019, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a commandé une évaluation du potentiel de développement durable régional que représente le paysage. En résumé, l’étude révèle que la promotion des produits régionaux, la culture alimentaire et la planification locale s’avèrent prioritaires par rapport à la préservation, l’entretien ou la mise en valeur du paysage.

Pro Natura a observé que dans les zones labellisées, la promotion agricole et touristique se fait au détriment de la protection des ressources naturelles et paysagères. Ainsi, le label «parc naturel régional» orne des produits du terroir tels que des vins, des fromages ou du jus de pomme.

Mais les communes ne se préoccupent que rarement d’un développement axé sur la préservation à long terme de leurs ressources naturelles et paysagères. Très impliquée dans la gestion des parcs, l’organisation de défense de la nature s’est inquiétée de ce manque de respect des obligations faites.

«Le parc, c’est nous», l’engagement des habitants

La procédure de réexamen du label représente alors l’opportunité d’associer davantage les habitants à la définition des futurs axes d’activité. Ainsi le Parc Jura vaudois a engagé une consultation d’envergure via l’envoi d’un dépliant d’information tous ménages à 17 700 foyers et son site Internet. Avec des séances d’information et de discussion, les responsables de cette campagne espèrent améliorer l’adhésion de la population et la légitimité du parc.

Le Parc Gruyère Pays-d’Enhaut a également initié une démarche participative pour accompagner les travaux de renouvellement de son label. Les activités prévues renforcent les domaines d’action en cours (paysage, biodiversité, agriculture, tourisme et économie), mais avec une préoccupation transversale: l’urgence climatique sera prise en compte dans tous les projets. Les parlements des 17 communes membres ont donné leur aval à la nouvelle charte 2022-2032 pour un financement estimé à 16,3 millions de francs, dont 80 % financés par la Confédération.

À la fin de janvier dernier, toutes les communes du Parc régional Chasseral (BE/NE) ont approuvé leur nouvelle charte. L’association a également enregistré l’adhésion de deux nouvelles communes (Twann-Tüscherz et Evilard-Macolin). De son côté, le Parc du Jura argovien (AG/SO) a vu sa nouvelle charte confirmée par les 28 communes membres et recevoir l’adhésion de 8 nouvelles communes.

Les parcs auraient-ils donc connu une phase d’apprentissage ? Si le renouvellement de leur label offre l’opportunité d’accroître leur légitimité auprès de la population, encore faudra-t-il que la promotion de la culture régionale et des produits du terroir rime davantage avec protection du paysage et de la nature.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/38620 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/38620

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Auteures / Auteurs

Les articles

Les publications

Le Kiosque

À propos de DP