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Expérimentation animale entre cruauté et réalisme

Avec la crise sanitaire, l’initiative contre l’expérimentation animale examinée par le Conseil national et le lancement d’un programme national de recherche, retour sur le labo et la souris

Photo Daniel Jurena
Photo Daniel Jurena (licence CC)

Une initiative visant à interdire l’expérimentation animale a été rejetée par le Conseil national, le 10 mars dernier. Cette initiative autant que le contexte sanitaire actuel invitent à revenir sur le statut des animaux et l’application du concept de dignité à leur égard dans le cadre de la recherche. Qu’en est-il des méthodes d’expérimentation permettant de poursuivre les avancées scientifiques qui, paradoxe, profitent tant aux êtres humains qu’aux animaux ?

La législation suisse en matière de protection animale est particulièrement exigeante. Plusieurs critères entrent en ligne de compte pour qu’un laboratoire obtienne la validation de l’utilisation d’un animal: conditions de détention détaillées, explications de la nécessité de l’expérimentation pour un résultat pertinent ou encore description précise des actes subis.

Plusieurs instances interviennent dans le processus d’autorisation, notamment le Fonds national suisse de la recherche (FNS) et les commissions cantonales d’expérimentation animale au sein desquelles siègent également un ou des représentants d’organisations de protection des animaux. Les commissions ont un rôle prépondérant dans la procédure d’octroi; légalement, leur mission est de mettre en balance les connaissances utiles à la société et les souffrances infligées à l’animal.

Emmanuel Kant, Dick Marty, l’humain et la bête

Pour Emmanuel Kant, la cruauté envers les animaux représente la violation d’un devoir de l’homme envers lui-même. En d’autres termes, le traitement que nous leur réservons reflète la façon dont nous nous comportons les uns envers les autres.

Le droit suisse ne faisait aucune mention des animaux jusqu’à l’initiative parlementaire «Les animaux dans l’ordre juridique suisse», déposée le 22 décembre 1999 par le conseiller aux États Dick Marty. Cette initiative a permis de reconnaître un statut juridique et moral aux animaux, notamment par l’introduction dans le Code civil de la disposition entrée en vigueur en 2003, énonçant que «les animaux ne sont pas des choses» (art. 641a).

Pourtant, il est toujours possible d’acheter, vendre et même louer un animal tel un bien, sous réserve naturellement du respect de la loi fédérale sur la protection des animaux (LPA). Le fait qu’ils puissent être loués, vendus, détenus ou même torturés, notamment à des fins médicales, les réifie.

Or la LPA fait à plusieurs reprises usage de l’expression «dignité de l’animal». Toutefois cette dernière n’est pas assimilable à la dignité humaine telle que mentionnée par la Constitution (art.7). La différence tient essentiellement au fait que la dignité humaine est associée à la valeur inhérente à l’être humain et au fondement des droits de l’homme. Par extension, si on appliquait le principe de dignité à l’animal, comme on l’entend pour l’homme, il impliquerait que les animaux aient non seulement des droits, mais aussi des devoirs.

Sans être absolue, selon la loi, la dignité des animaux peut et doit cependant être évaluée dans le domaine de la recherche. Elle suppose une pesée des intérêts entre les réalités scientifiques, économiques ou politiques et les critères de la souffrance animale.

«Méthodes alternatives» ou actes complémentaires ?

La communauté scientifique et les autorités travaillent indéniablement dans le sens de la diminution des expérimentations sur les animaux. Lancé ce mois de février 2021, le programme national de recherche (PNR 79) intitulé Advancing 3R – animaux, recherche et société en atteste. Les principes 3R, pour «remplacement», «réduction» et «raffinement», visent à privilégier d’autres méthodes, à diminuer le nombre d’animaux utilisés ainsi qu’à améliorer les conditions expérimentales et de détention.

Pour autant, certains groupes souhaitent l’interdiction complète de l’utilisation des animaux. Une récente pétition signée par 27 organisations de protection de la nature la revendique. Elle argue que le recours aux expériences sur les animaux ne participerait pas à l’avancée médicale; les résultats obtenus ne seraient pas applicables à l’être humain. Il importerait, en outre, d’accorder plus de financement aux méthodes alternatives. 

Les méthodes de substitution consistent principalement en des cultures de cellules et tissus humains (méthode in vitro) et des techniques de modélisation par ordinateur (méthode in silico). D’après les chercheurs, les voies alternatives ne sont pas distinctes, mais complémentaires aux expérimentations animales. 

Empruntées chaque fois que cela se peut, elles ne se substituent pas totalement aux tests sur les animaux. Ces derniers restent indispensables pour reproduire des maladies graves dans des organismes entiers et pour le développement des traitements médicaux adéquats. 

En l’état actuel, la recherche ne permet pas encore l’administration aux êtres humains de traitements expérimentaux ayant été testés uniquement sur des cellules. Une telle pratique serait illégale et contraire au principe de déontologie. Ainsi, les vaccins contre la Covid-19 ont nécessité le recours aux animaux afin d’évaluer leur toxicologie, leurs éventuels effets génétiques et la gravité de possibles effets secondaires.

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