Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste du 31 octobre 1963 au 24 juin 2021
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Après 58 ans, Domaine Public a cessé de paraître. Ce site ne publiera plus de nouveaux articles et est en cours de transformation pour présenter l'histoire et les archives du journal.

Après le Covid, le climat…

Le doute n’est plus permis. Le plan d’action interconnectant l’ensemble des secteurs existe et sa mise en œuvre urge

Photo Maxime Raynal
Photo Maxime Raynal (licence CC)

Le temps du climato-scepticisme est révolu. Après quarante ans de rendez-vous ratés excellemment documentés par le journaliste américain Nathaniel Rich dans Perdre la Terre, une histoire de notre temps, le moment est venu de se confronter à la réalité.

La réalité ? Celle d’un risque majeur avec pour principaux ingrédients: une augmentation de 50 % de la teneur en CO2 de l’atmosphère terrestre en un demi-siècle, une hausse de la température moyenne mondiale de 1,25°C et une montée des océans de 0,5 centimètre par an. Montée due à la fois à la dilatation d’une eau devenant plus chaude et à la fonte accélérée des pôles. Ceci avec plus de 700 millions de personnes vivant en bord de mer, à moins de dix mètres au-dessus de son niveau. 

La mécanique infernale semble bien lancée, attisée par les incendies massifs de forêts (au profit des plantations de palmiers à huile, de soja et d’immenses étendues de pâturages) ainsi que la fonte du pergélisol. Cette dernière dégage d’énormes quantités d’un autre gaz à effet de serre (GES), le méthane. En Suisse, l’augmentation de la température moyenne est de 2°C, et en vingt ans, les glaciers ont perdu un tiers de leur volume.

Face à cette conjugaison des périls, un consensus semble s’établir autour de l’objectif de la «neutralité carbone», tant au niveau des entreprises que des collectivités publiques. La pression sur les gestionnaires financiers pour désinvestir du fossile va croissant, tout comme les déclarations d’«urgence climatique»

Neutralité carbone, l’agenda de l’impossible?

Trois scénarios de neutralité carbone (ou plutôt en matière de GES) sont actuellement sur la table. Le premier, daté du 29 janvier, la Stratégie climatique à long terme de la Suisse, émane du Conseil fédéral. Il se donne jusqu’à 2050, autrement dit une génération, pour y parvenir. Une étape intermédiaire de réduction à 50 % est fixée à 2030. Le plan ne concerne toutefois pas les émissions générées hors du pays par nos importations, qui sont le double de celles émises depuis le territoire national. 

Par contre, le Plan d’action climatique en 138 points publié par la Grève du climat le 8 janvier dernier, demande un freinage d’urgence d’ici 2030. Plus réaliste en termes de risque climatique, il se distingue par un caractère détaillé et systématique appuyé. 

Mais pas sûr que des affirmations (p. 29-30) telles que «la décroissance est impossible dans le capitalisme tel que nous le connaissons, qui repose sur la poursuite de la croissance économique globale» ou «transformer les entreprises détenues par les actionnaires en coopératives gérées démocratiquement  […] contrôlées par les salarié*es, les fournisseurs/euses, la clientèle et les autres personnes concernées par les activités de l’entreprise, comme les populations du Sud global» soient particulièrement rassembleuses.

Enfin les Verts, par le document Pour un bilan climatique positif en Suisse adopté le 23 janvier, semblent tenir la voie du milieu, en proposant comme date cible… 2040. Toutefois la neutralité carbone inclut ici les émissions générées hors du pays, augmentant d’autant l’effort demandé.

Le hiatus entre nécessité et acceptabilité

Mais l’essentiel n’est pas dans le potentiel de réduction des diverses mesures listées dans ces programmes. Il est dans l’acceptabilité sociale des réorientations nécessaires. Engluée dans le Covid et les mesures sanitaires, privée de perspectives, la population a le sentiment confus de vivre, plutôt de subir, une fin de cycle. Il n’est toutefois pas sûr que l’urgence climatique soit suffisamment perçue comme faisant partie de la sortie de crise.

Comment expliquer sinon la croissance débridée du nombre de SUV sur nos routes – un véhicule nouvellement immatriculé sur deux – et émettant 30 % de CO2 de plus, la persistance d’habitudes alimentaires destructrices des forêts tropicales ou la lenteur désespérante de la rénovation énergétique immobilière (0,9 % du parc par an…) – alors qu’on sait faire des bâtiments «positifs», soit produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment ? Et le lobby du pétrole n’a pas eu beaucoup de peine à réunir plus de 110 000 signatures pour son référendum contre la loi sur le CO2 sur laquelle nous voterons le 13 juin prochain.

On ne s’en sortira pas sans un grand virage sur l’aile, seul remède au crash. Imaginons la prochaine conférence de presse du Conseil fédéral. Qui, au lieu d’annoncer une xième étape de confinement ou de déconfinement, à appliquer aussi lentement que nécessaire et aussi rapidement que possible, secouerait notre torpeur par un grand coup de semonce…

Après le Covid, le climat…

Le gouvernement nous rappellerait avec force détails que derrière le Covid se profile un monstre prêt à nous engloutir tous, par rapport auquel la pandémie n’est qu’un petit incident de parcours… et nous dirait clairement que pour que ce monstre ne puisse pas arriver à ses fins, pour assurer le vivre-ensemble sur cette planète, un changement radical de paradigme est indispensable. Oui, celui dont nous parlons depuis 40 ans, sans avoir à ce jour entrepris grand chose de bien incisif. Un message qui dirait que dès maintenant… rien ne sera plus comme avant.

L’enjeu est d’abord psychologique. Il s’agit de tourner une fois pour toutes la page de l’insouciance consumériste, qui a par exemple produit la dispersion, dans l’ensemble du monde, de milliards de microparticules de plastique. Désormais, on ne sera autorisé à ne consommer que sa juste part. Cela exigera une garantie d’équité, et des gains en termes de convivialité et de sociabilité. 

La cinquième révolution industrielle, vite !

Mais l’enjeu est également économique, car il nous faut accomplir une profonde restructuration et reconversion. À savoir passer à marche forcée du fossile au renouvelable et à la sobriété énergétique, de la route et de l’aviation au rail et à la minimisation des déplacements, de l’obsolescence organisée à l’économie circulaire et à la réparabilité, de l’agro-industrie à l’agroécologie, de la finance spéculative et hors sol à la finance durable. On sait le faire – alors plus de temps à perdre pour généraliser ces bonnes pratiques. La cinquième révolution industrielle, c’est maintenant !

Attendre que cette reconversion se fasse à travers des modifications volontaires de l’offre et de la demande serait beaucoup trop long. Il faut une vraie politique industrielle, que les États hésitent encore à engager. Le Green New Deal en fournit une première esquisse, tant au niveau de l’UE avec le Pacte vert qu’à celui des projets de l’administration Joe Biden. Cette politique de reconversion industrielle doit être aussi une politique de l’emploi. C’est la seule manière de concilier les fins de mois des personnes et des entreprises avec celles de la planète, pour reprendre la formule chère à Nicolas Hulot. 

La clé de toute acceptance: l’emploi

Les chiffres sont prometteurs: «24 millions d’emplois créés à l’échelle mondiale d’ici à 2030 si l’on met en place […] une économie plus respectueuse de l’environnement» calculait l’OIT en 2018. Pour les États-Unis, en 2019, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables signalait 8,5 fois plus de salariés dans le renouvelable (850 000) que dans le charbon (100 000). Quant à l’ONU, elle annonçait «380 millions de nouveaux emplois d’ici 2030» par la réalisation de l’Agenda 2030. De son côté l’UE en prévoyait 700 000 d’ici 2030 à travers son programme d’économie circulaire.

Et tout cela sans oublier d’adresser les autres grands défis: la pollution chimique, la dégradation des océans, des sols et de l’atmosphère, l’érosion de la biodiversité, les inégalités, la santé ou encore les questions de gouvernance. Il n’est plus possible de définir des plans d’action pour chacun de ces domaines sans les interconnecter. C’est là que l’Agenda 2030 adopté en 2015 vient à son heure, nous présentant la systématique des enjeux globaux et locaux. La feuille de route est écrite, reste à la mettre en œuvre.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/38521 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/38521

Accueil

Auteures / Auteurs

Les articles

Les publications

Le Kiosque

À propos de DP