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La ville des possibles

Gestion des villes en mains socialistes: un utile discours de la méthode formulé par Grégoire Junod, syndic de Lausanne

Photo IMBiblio
Photo IMBiblio (licence CC)

Grégoire Junod, syndic de Lausanne, publie un livre commencé en janvier 2020, aux beaux jours des Jeux olympiques de la Jeunesse et lors du passage de Greta Thunberg dans sa ville. Un an plus tard, en temps de pandémie persistante, «la ville se situe à l’intersection de nos crises climatiques et sociales»D’où le titre: État d’urgence.

À la fois «victimes et responsables du changement climatique», les villes consomment les deux tiers de l’énergie utilisée dans le monde et produisent près de 70 % des gaz à effet de serre. Mais «parce qu’elles représentent le premier espace de la participation citoyenne, les villes détiennent aussi les clés du problème», Grégoire Junod le démontre dans son livre bref, vif et bien écrit.

Faute de reconnaissance, les réseaux

Certes, dans la plupart des pays du monde, les villes ne jouent pas un rôle politique à la mesure de leur poids économique et démographique. 

En Suisse, comme dans les États fédéralistes, elles n’ont guère de reconnaissance institutionnelle. Elles ont tout juste droit, selon la Constitution fédérale de 1999, à la prise en considération de leur «situation particulière» au même titre que les agglomérations et les régions de montagne. 

Grégoire Junod résume la situation par une équation: «L’estime que les cantons ou la Confédération portent [aux villes] est inversement proportionnelle à leur importance.»

Solidaires, les villes ont trouvé la parade: elles travaillent en réseau, elles échangent leurs expériences en matière de questions urbaines, elles se prononcent comme telles en vue de votations populaires et prennent des initiatives communes, à l’exemple du projet d’exposition nationale des dix grandes villes de Suisse, lancé par la maire socialiste de Zurich Corine Mauch.

Gouvernance socialiste

Membre du parti socialiste dès l’âge de 18 ans, engagé dans le mouvement syndical avant de passer à la politique active, Grégoire Junod sait à la fois combien l’urgence climatique porte en avant les Verts, alliés traditionnels, et à quel point la sortie de crise sanitaire exigera de créativité et de détermination en matière de relance économique et de gouvernance climatique.

Pas question d’en revenir aux errances du passé, entre Nouveau management public et social-libéralisme. Depuis lors en effet, notamment à l’échelle de la ville, on a expérimenté d’autres formes de collaboration entre acteurs du secteur public et de l’économie privée. 

À cet égard, Grégoire Junod tient un véritable discours de la méthode dans les secteurs d’investissement qu’il connaît particulièrement bien: la construction de logements et la politique du climat. 

Construction de logements

Grégoire Junod raconte en particulier comment, d’entente avec son prédécesseur Daniel Brélaz et avant même son élection à la Municipalité, il a participé à la fois à l’assainissement de la caisse de pension de la Ville et au financement de la construction de logements par une nouvelle société immobilière aux mains de la même Ville. Laquelle SILL «dispose rapidement de 500 logements à son compteur».

Et, plus modeste, mais intelligente initiative, devenu syndic il crée «un bureau de développement immobilier, une petite structure, agile et autonome» qui sait parler et négocier avec les gens du secteur immobilier – étant entendu que «tous les grands chantiers impliquent des partenariats public-privé».

Tous les logements construits sont conformes au projet de société à 2 000 watts ainsi qu’à des normes environnementales contribuant à réduire les émissions de gaz à effet de serre par habitant de la ville. À lui seul, l’écoquartier des Plaines-du-Loup, fort de ses 3 500 logements, diminuera de 8 % ces émissions. 

Cette réalisation d’envergure et innovante met en œuvre une mixité maximale, à commencer par celle des types de logements: un tiers de logements subventionnés, un tiers de logements à loyers modérés et un tiers de logements à loyers libres ou en propriété par étage. D’autres caractéristiques innovantes devraient faire de cet écoquartier une réalisation qui «pourrait bien se révéler unique en Europe». 

Moins innovants certes, mais significatifs, trois projets en voie de réalisation dans le centre de Lausanne illustrent les effets d’une politique du logement visant l’inclusion sociale. C’est à juste titre que Grégoire Junod exprime sa légitime fierté : «Sans maîtrise foncière et sans une majorité de gauche, aucun de ces projets n’aurait vu le jour. Pourtant, chacun d’entre eux s’avère vertueux sur le plan social et énergétique tout en assurant à la Ville (…) un rendement raisonnable du sol.»

Investir en sous-sol pour le climat

La politique du climat ne se fait pas seulement à l’air libre et en élévation. Le sous-sol aussi peut y contribuer. De ce point de vue, Lausanne est historiquement bien placée, avec ses réseaux d’eau, d’énergie, de chaleur à distance et même de transport automatique des déchets à destination de l’usine Tridel.

L’ensemble de ces réseaux appartiennent à la Ville, qui depuis des décennies les entretient et les développe. Autant d’investissements pour le climat, qui vont se multiplier en territoire urbain et même sous des espaces moins densément construits. 

Après avoir creusé des tunnels sous la montagne pour faciliter la circulation des personnes, la Suisse aménagera des couloirs souterrains de transport des marchandises sous le Plateau. En la matière, le grand projet de Cargo souterrain représente une spectaculaire première, dont la réalisation semble désormais assurée.

L’autre grand levier de la politique urbaine du syndic de Lausanne réside dans l’olympisme. L’olympisme compris comme espace d’innovation, laboratoire de la durabilité, moyen de promouvoir l’égalité des genres et des chances, encouragement de la pratique du sport populaire et contribution à l’élévation du niveau de santé publique. En outre, le statut de capitale olympique vaut à Lausanne une notoriété mondiale qui permet à son syndic d’en faire la plateforme d’intenses et utiles échanges internationaux.

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