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Culture vivante: tristes intermittences

Violemment frappé par la crise, le secteur de la culture se mobilise, des millions sont débloqués et beaucoup d’espoirs formulés

Photo Trevor Patt
Photo Trevor Patt (licence CC)

La crise sanitaire n’épargne pas la culture, cet important secteur économique composé de 63 000 entreprises occupant en Suisse plus de 300 000 personnes qui produisent 15 milliards de francs de valeur ajoutée. La pandémie s’en prend en particulier aux arts vivants, ceux de la scène et du spectacle. 

Les compagnies de théâtre, les orchestres, les festivals et autres événements culturels en sont directement victimes. Elle bouleverse leurs programmes et des engagements fixés au moins deux saisons à l’avance; même perturbation pour les expositions muséales systématiquement interrompues ou carrément empêchées depuis mars 2020.

Une Taskforce Culture

Les incertitudes dans lesquelles se débattent les acteurs culturels rendent leur travail pénible et frustrant. Rien de pire pour eux que ces continuels «stop and go» commandés par les errances du virus et les décisions prises en conséquence par les autorités sanitaires. 

L’annonce des prochaines expositions et autres manifestations est à peine parue qu’il faut tout annuler puis tenter ­– une fois de plus – de trouver d’hypothétiques dates de remplacement dans un délai raisonnable. Pour ne rien dire de la déception du public, pas vraiment consolé par les productions virtuelles qui lui sont offertes à domicile.

À crise majeure, réaction proportionnée. Il aura fallu Covid-19 pour que les quatre associations faîtières de la culture (Suisseculture, Cultura, Cinesuisse et le Conseil suisse de la musique) innovent en constituant dès mars 2020 la Taskforce Culture. Ce groupe de travail réunit les représentants de 17 associations, dont onze présentes en Suisse romande. Il fonctionne comme une plateforme de discussion hebdomadaire entre ses membres et comme l’interlocuteur attitré du Conseil fédéral et des administrations concernées.

Un ministère attentif

La plus récente des rencontres avec Alain Berset a eu lieu le 25 janvier dernier. À l’ordre du jour, les deux plus récentes modifications de l’Ordonnance COVID-19 culture, datées du 18 décembre 2020 et du 17 janvier 2021. Un dossier récapitule les mesures en vigueur et les procédures à respecter.

Situation d’exception oblige. La Confédération, dont les compétences en matière de gestion culturelle sont subsidiaires en temps normal comme le veut l’article 69 inscrit dans la Constitution de 1999, se préoccupe des conséquences des mesures contraignantes prises pour enrayer le développement de la pandémie. 

Après les 280 millions pour 2020, 130 millions sont mis à disposition pour 2021 en vue d’indemniser au maximum 80 % des pertes financières encourues par les entreprises culturelles, les acteurs culturels eux-mêmes ou des associations d’amateurs actifs dans le domaine culturel. Le tout en sus des montants prévus dans le Message culture 2021-2024, publié le 26 février 2020 et adopté par les Chambres en septembre dernier.

Ainsi, Alain Berset, à qui certains avaient reproché de consacrer beaucoup de temps et d’argent aux remises de prix et à d’autres «mondanités culturelles», confirme qu’il ne se restreint pas au rôle de ministre de la santé – malgré la priorité obligatoirement donnée à la lutte contre la pandémie.

Années de folie, vraiment ?

L’impératif sanitaire a valu aux téléspectateurs de la cérémonie d’ouverture des Journées du film de Soleure 2021 d’entendre un discours bilingue du président de la Confédération, Guy Parmelin. Lequel a tenu des propos qui se voulaient rassurants pour les gens du spectacle sur grand ou moins grand écran. 

Tirant un parallèle audacieux avec l’année 1920, la première de l’après grippe espagnole, le chef du Département de l’économie, de la formation et de la recherche présume que l’après Covid-19 pourrait aussi connaître «une forte régénérescence culturelle». Il paraît même que «certains spécialistes n’hésitent d’ailleurs pas à affirmer que les années à venir seront les “années folles” de ce nouveau siècle, des années de bouillonnement et d’effervescence culturels, comme jadis en 1920». Et d’ajouter modestement: «Espérons qu’il en sera ainsi.»

Une chose est certaine, dûment rappelée par la pandémie: par-delà le développement accéléré et le processus d’économisation vécus en ce début de millénaire, la culture a d’abord besoin d’acteurs inspirés, créatifs, acharnés au travail, mais aussi besoin de publics curieux, attentifs, ouverts à la différence et relativement fidèles. 

Reste à développer entre les uns et les autres des rapports directs, multiples et, surtout, incarnés. Les concerts retransmis sur les ondes, les visites guidées virtuelles, les films en streaming ne remplacent pas la relation vivante qui anime les salles de spectacles et autres lieux de rencontres culturelles. Malgré la maîtrise technique du processus, la digitalisation a ses limites que l’isolement domiciliaire a bien fait sentir.

De leur côté, les producteurs culturels, confrontés à l’imprévu total et rebondissant, ont l’impérative occasion de revoir et améliorer leur plan d’affaires. Le Paléo Festival de Nyon, par exemple, dont le président fondateur Daniel Rossellat étudie, pour l’éventuelle édition de l’été 2021, la variante allégée d’un «village» aménagé dans le plein respect des mesures de précaution sanitaire, avec un public moins nombreux, occupant sous couvert des places assises et numérotées, pour suivre un programme étalé sur une durée plus longue que les années précédentes.

Un tel projet d’autoréduction représente, après des années de surenchère continuelle, une solution digne de faire école. Plutôt que de produire des œuvres sans publics, de reprendre des modèles dont on pressentait avant la pandémie qu’ils étaient parvenus à épuisement, l’heure est venue de réfléchir à de nouveaux formats adaptés à une réalité nouvelle et à des besoins nouveaux aussi.

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