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Twitter, Trump… en tirer une leçon

L’utilisation débridée des réseaux sociaux pour formuler des messages officiels fait problème, un héritage du premier «tweet-président»

Photo Uncalno Tekno
Photo Uncalno Tekno (licence CC)

Il est parti. Avant ça, le 9 janvier dernier, Donald Trump a vu son compte privé sur Twitter suspendu par l’entreprise. Faisant suite à l’assaut du Capitole par une partie de ses partisans, cette décision lui a instantanément ôté son principal moyen de communication. Le président sortant des États-Unis a tenté de répliquer par le biais de son compte officiel nommé @potus. Sans plus de succès, puisque ses messages ont été également supprimés par les modérateurs du réseau social.

Décision nécessaire pour les uns, atteinte à la liberté d’expression pour les autres, cette passe d’armes entre le géant de la Silicon Valley et le chef du gouvernement américain suscite de vives réactions. Au cœur de cette polémique, les dirigeants européens semblent partager leurs inquiétudes face à ce qu’ils qualifient «d’interférences avec la liberté d’expression» (Angela Merkel) ou de censure «sans contrôle légitime et démocratique» (Thierry Breton, commissaire européen). En France, le ministre de l’économie Bruno Le Maire s’est dit «choqué» par le rôle de censeur pris par «l’oligarchie numérique elle-même».

Pour sa part, le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, s’est déclaré «mal à l’aise». Il argumente que «les réseaux sociaux sont devenus une forme d’espace public» et qu’en «bannir une personne […] semble compliqué en l’absence de critères spécifiquement établis».

Conditions d’utilisation, suspension avec ou sans motif

Si l’idée de mettre en place des garde-fous au pouvoir grandissant des GAFAM paraît justifiée, l’affirmation d’une «forme d’espace public» géré par des entreprises multinationales privées l’est moins. En effet, ces déclarations, ironiquement relayées sur les comptes Twitter des principaux concernés, font fi de la relation contractuelle qui régit l’utilisation des services fournis par ces entreprises de droit privé.

Les conditions d’utilisation de Twitter sont claires; l’entreprise indique à tous ses clients/utilisateurs: «Nous pouvons suspendre ou résilier votre compte, ou cesser de vous fournir l’ensemble ou une partie des services, à tout moment, pour un quelconque motif ou sans motif.» Dès lors, comment expliquer les réactions outrées face à ce qui n’est autre que l’application d’un contrat entre une firme privée et ses clients ?

En tant qu’initiateur de la «politique du tweet», le président sortant des États-Unis a plus d’une raison de fulminer. Son compte bénéficiait d’une caisse de résonance de plus de 88 millions d’abonnés. Sa suspension met un terme à l’écho que pouvaient avoir ses déclarations. De plus, sa frustration est exacerbée par sa posture politique, qui ne conçoit pas de limite claire entre sphère publique et sphère privée.

La situation est pourtant différente de ce côté-ci de l’Atlantique. Les gouvernements européens semblent être effrayés par la perspective de voir des moyens de communication officiels suspendus unilatéralement par une entreprise privée. 

En Suisse, cette crainte peut être justifiée. En septembre 2020, l’Office fédéral de la communication (OFCOM) voyait ses comptes Twitter suspendus sans préavis. Dans un communiqué de presse, passé quasiment inaperçu, l’OFCOM déclarait: «Depuis le 28 septembre 2020, l’Office fédéral de la communication (OFCOM) ne peut plus tweeter. Twitter a bloqué ses quatre comptes, sans fournir aucune explication ni réagir à ses interventions.»

Sus aux pirates

Les risques liés à l’utilisation de plateformes de communication privées ne se limitent pourtant pas à la suspension brutale de comptes officiels. Ainsi, le compte de Donald Trump (celui-là même qui est désormais suspendu) avait été piraté en octobre 2020 par un activiste néerlandais. Ce dernier avait tout simplement deviné le mot de passe on ne peut plus simple du président.

Conscient de la dangerosité de sa trouvaille, l’homme en avait immédiatement informé les services de sécurité américains. Le porte-voix numérique du président de la première puissance mondiale aurait pu être utilisé pour, entre autres scénarios, semer une confusion, manipuler les marchés, ou même déclencher des guerres, s’il était tombé entre de mauvaises mains.

Un peu plus tôt dans l’année, en juillet, les comptes d’autres personnalités américaines de premier plan avaient été détournés. Les comptes de Joe Biden, Bill Gates (fondateur de Microsoft), Jeff Bezos (PDG d’Amazon), ou encore Barack Obama, se mirent à tweeter de concert en faveur d’une obscure levée de fonds. 

Le but indirectement politique du piratage a limité les dégâts. Des aveux même de Twitter, l’attaque avait été menée grâce à la manipulation psychologique de quelques employés de la firme qui, tombés dans un piège téléphonique, avaient laissé les pirates prendre le contrôle des comptes concernés.

Outre Trump

Depuis, aucune leçon ne semble avoir été tirée de cette liste non-exhaustive d’événements. En Suisse comme ailleurs, l’importance structurelle acquise au fil des ans par les géants du numérique dans leur utilisation pour la conduite des affaires publiques ne fléchit pas. Stimulée par la crise sanitaire, cette «privatisation numérique» a le vent en poupe.

Dans la gestion de la crise sanitaire, le choix des autorités se porte quasi systématiquement sur les services des multinationales du web – télétravail ou école en ligne (DP 2283). Mêmes recours pour les communications officielles qui se fient toujours plus aux réseaux sociaux, afin d’adresser leurs messages à la population. 

Il conviendrait donc de considérer les GAFAM pour ce qu’elles sont: des multinationales de droit privé. De fait, dans un État de droit, y recourir ne peut se concevoir pour satisfaire les besoins de mise en œuvre de politiques publiques ou de communications officielles.

De ce point de vue, les élus et les représentants de l’administration prenant la décision de communiquer par le biais des géants du web ne devraient le faire qu’à titre privé, et dans le cadre du contrat qui les lie individuellement à ces entreprises.

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