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La double irresponsabilité des référendaires contre la loi CO2

Une loi menacée par deux groupes référendaires aux antipodes, mais qui risquent de freiner la politique climatique

Photo Nicolas Vigier
Photo Nicolas Vigier (licence CC)

Deux référendums menacent la nouvelle loi sur le CO2. Le premier émane d’un comité dit de l’économie qui réunit les vendeurs de pétrole, les importateurs de voitures, les transports routiers et l’aviation ainsi que l’industrie du bâtiment notamment. Le second est lancé par une fraction des grévistes pour le climat et l’extrême gauche.

Profiter encore

On comprend le souci des premiers puisque la loi va restreindre leurs activités. Mais ils préfèrent distiller des arguments relevant de la défense de l’intérêt général. Les nouvelles taxes vont peser sur le budget des ménages; la loi est inefficace puisque la Suisse ne produit qu’une infime proportion des émissions mondiales de CO2; par ailleurs, la Suisse se révèle exemplaire en la matière puisqu’elle a déjà sérieusement limité ses propres émissions. 

On connaît bien cette stratégie consistant à minimiser sa responsabilité et à attendre des autres qu’il fasse leur part. Alors même que la lutte contre le réchauffement climatique exige une riposte générale et que l’abandon des énergies fossiles paraît inéluctable pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. 

Mais ces acteurs préfèrent jouer la montre et tirer profit de leurs activités le plus longtemps possible plutôt que de se préparer à cette transition. Une attitude irresponsable, y compris d’un point de vue économique: plus les mesures de réduction des émissions tarderont, plus le coût de leur mise en œuvre augmentera.

Erreur de gauche

À première vue, les intentions des seconds paraissent peu compréhensibles. Certes le projet de loi est loin d’être parfait et ne permettra pas d’atteindre la neutralité carbone en 2050, pas plus que la réduction de moitié des émissions de CO2 en 2030. Il ne règle pas le problème des flux financiers qui contrecarrent ces objectifs. Il ne s’agit que d’un premier pas qui devra être suivi par d’autres, comme l’ont déclaré à gauche les partisans de ce texte. 

Si la loi échoue en votation référendaire, le rapport de force politique ne permettra pas à une nouvelle version plus efficace de voir le jour. Au contraire, les milieux économiques et l’UDC capitaliseront sur cet échec pour affaiblir encore la politique climatique. Plusieurs commentateurs ont tenté d’expliquer ce scénario aux grévistes pour le climat.

Mais faut-il vraiment faire comprendre à ces opposants qu’ils se fourvoient ? Certes on peut prêter à certains d’entre eux une naïveté et un idéalisme qui occultent l’impasse où les conduit le référendum. D’autres, par contre, savent pertinemment que ce référendum ne peut qu’affaiblir la politique climatique. D’ailleurs qui sont-ils, ces opposants ?

Les sections romandes de la grève pour le climat dont on ne sait comment leur décision fut prise. Et surtout le mouvement SolidaritéS. Dès avant le lancement du référendum par les dissidents grévistes, ce parti d’extrême gauche annonçait sa détermination à combattre la loi CO2 à l’instar de la conseillère nationale genevoise Stéfanie Prezioso, seule parlementaire de gauche à s’être opposée à ce texte. 

L’extrême gauche, lorsqu’elle n’est pas occupée à s’entre-déchirer, veille à soigner son statut de seule force véritablement progressiste, loin des compromis vulgaires. Foin des petits pas, seul le grand bond en avant la préoccupe, quels que soient les dommages ainsi provoqués.

Ces dommages, quels sont-ils ? Si une majorité populaire rejette le projet de loi, la politique climatique attendra au mieux encore deux ou trois ans pour voir s’imposer une législation plus timide encore, quand bien même l’élue de SolidaritéS croit la population «prête à suivre une voie plus ambitieuse». Et le mouvement de la grève pour le climat qui a vu se mobiliser des milliers de jeunes et moins jeunes et a poussé le parlement à enfin légiférer, ressortira affaibli de ses divisions et verra sa crédibilité entamée.

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