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Décès d’Helmut Hubacher, la force et le plaisir en politique

Helmut Hubacher est décédé à l’âge de 94 ans, retour sur quelques épisodes où se lit l’engagement d’un politicien au parcours exceptionnel

Helmut Hubacher

«La dernière fois» (Das letzte Mal). Ainsi s’intitulait la 1445e et ultime chronique signée par Helmut Hubacher, parue dans la BaslerZeitung, le 27 juin dernier. À 94 ans révolus, l’auteur prenait congé d’un public qui pouvait aussi le retrouver occasionnellement dans les colonnes du Blick et de la Schweizer Illustrierte.

Helmut Hubacher aura marqué la vie du Parti socialiste suisse et la scène politique fédérale des années soixante aux années nonante du siècle dernier. Ce parcours politique exceptionnel de plus de 40 ans, l’ancien employé de gare et secrétaire syndical l’a continuellement prolongé par l’écriture.

Il a publié de très nombreux articles, mais aussi huit livres parus entre 1994 et 2016. Dans ses ouvrages, prenant quelque distance avec l’actualité, il partage ses souvenirs personnels et ses réflexions sur cette vie politique qu’il a menée avec passion. 

Les épisodes les plus mémorables restent bien sûr les moments les plus difficiles. Tel l’échec subi en 1976, au terme d’une affreuse «bataille de boue», d’une candidature au Conseil d’État de Bâle qui, d’un jour à l’autre, a valu à Helmut Hubacher, alors conseiller national depuis treize ans et président du PSS depuis quelques mois, cette tête aux cheveux blancs qu’on a l’impression d’avoir toujours connue. 

Autre époque pénible: celle qui a suivi le 7 décembre 1983, date de la non-élection au Conseil fédéral de la Zurichoise Lilian Uchtenhagen, victime d’une cabale ourdie entre Bâle et Berne en faveur du Soleurois Otto Stich. En février 1984, les 1500 délégués du PSS, réunis en Congrès extraordinaire – à tous points de vue – ont décidé à huit «restistes» contre cinq «sortistes» de maintenir les socialistes au Conseil fédéral. Et cela malgré l’affront du 7 décembre, et contrairement à l’avis d’Helmut Hubacher. Ce dernier promet alors de se rendre «schampar unbequem», soit «délibérément désagréable»

Restaient à régler divers problèmes relationnels posés par le comportement d’Otto Stich, chef du Département des finances. La fermeté du président du parti socialiste a fini par l’emporter, sans mettre fin au régime de méfiance mutuelle qui pesa en réalité jusqu’à la fin du mandat du Conseiller fédéral soleurois en octobre 1995.

Par ailleurs, curieusement, dans Lieu du crime: Palais fédéral (Tatort Bundeshaus,1994), Helmut Hubacher évoque à peine les difficultés internes qui ont marqué la vie et gêné le travail du PSS dans les années 1980. On pense à la dissension «droitière» menée par le Fribourgeois Félicien Morel, aux poussées «gauchistes» du Groupe d’Yverdon et aux propositions des protagonistes de l’autogestion ­– en attendant ceux du dépassement du capitalisme.

Le tout, semble penser le président du PSS d’alors, aura contribué au fort recul du parti aux élections nationales de l’automne 1987. Dans l’ensemble du pays, le «parti à la rose», comme on a commencé à le surnommer à l’époque, a vu son électorat fondre d’un coup. Il passe de 22,9 % à 17,4 % des suffrages exprimés. On n’a guère fait mieux en 2019, avec une proportion encore réduite à 16,8 % – avec toutefois une forte progression des alliés Verts. 

De toute manière, il en aurait fallu davantage pour dégoûter Helmut Hubacher de la politique. Son dernier livre, intitulé J’ai eu du plaisir à le faire ( Das habe ich gerne gemacht, 2016) confirme cet optimisme inoxydable et tous azimuts. 

Nous avons déjà vu que rien n’aurait su entamer son plaisir de faire de la politique. Même pas ce qu’il considère comme sa «pire élection au Conseil fédéral» – ou plutôt non élection puisqu’il s’agit de Lilian Uchtenhagen.

Effet du grand âge venu ou d’une autre manière d’envisager une mission dont l’expérience la plus récente remonte à une dizaine d’’années, Helmut Hubacher consacre près des deux tiers de ce dernier livre aux brefs comptes-rendus de 56 rencontres avec des gens de professions et d’horizons sociaux divers. 

Ô combien attentif à ses interlocuteurs, ouvert et fermement engagé, Helmut Hubacher pourrait être un modèle de politicien, puisqu’il réunissait ces trois qualités essentielles que sont le respect des gens, l’expression adéquate et l’humour. Bel enseignement.

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